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Faux départ en vacances

6 juillet, une date inoubliable. Un matin déjà chaud et un petit déjeuner copieux, un peu trop peut être. Pendant que je me livre à une de mes activités favorites, le repassage, j’entends G qui m’appelle. « Tu peux venir ? Je ne me sens pas très bien. »J’accours. Il est plié en deux en train de sortir ses vêtements du placard pour les mettre dans une valise, car nous partons en vacances l’après-midi. Mon diagnostic « C’est un malaise vagal, ce n’est pas grave, allonge-toi et surélève un peu tes jambes. » Je reviens 5 minutes après, il dort paisiblement. Cela va durer plus de deux heures et ça me paraît long. Enfin il se réveille : « Je te vois double. » Il essaie de se mettre debout, impossible, il perd l’équilibre. J’appelle notre médecin et je tombe sur le secrétariat téléphonique: « Le docteur ne fait pas de visite aujourd’hui » j’ai beau expliquer, argumenter. Elle propose un rendez-vous au cabinet à 11h30. Impossible avec une personne qui ne tient pas debout, elle est vraiment obtuse. J’appelle SOS médecins et vers 12h30, un jeune médecin arrive, qui reste une heure à palper, poser des électrodes, prendre la tension, faire passer des tests de vision etc. Il décide de faire admettre G aux urgences, ce serait plus prudent de lui faire passer un scanner. Le côté droit est un peu lent à répondre aux stimulations. 10 minutes après, l’ambulance est là et mon mari part sur un fauteuil pliant et roulant, tout en fanfaronnant  » Je peux y aller en marchant. »

Je pars sans me presser, sur les conseils du médecin et je parviens aux urgences non sans difficultés car le CHU est en travaux, c’est un dédale très compliqué, un parcours du combattant pour rejoindre son malade. Au bout de l’effort déjà méritoire, je suis accueillie par un quarteron de filles qui discutent entre elles ou au téléphone et j’attends qu’on veuille bien s’occuper de moi. Finalement on me répond que personne ne s’est encore occupé de ce monsieur et que je dois me rendre en salle d’attente pour attendre des nouvelles. Attendre est mon occupation à plein temps désormais. J’ai amené un livre et je patiente pendant 3 heures, au bout desquelles, n’en pouvant plus d’étudier mon voisinage, je retourne me renseigner. Elles sont en pleine discussion avec un malade, un habitué et j’attends poliment. Quand on finit par m’envisager, on me répond que mon mari est dans le box 9 au bout du couloir, je peux aller le voir mais pas plus de 15 minutes et retour en salle d’attente. Nouveau dédale avant de dénicher le numéro 9 et je vois G qui ronfle les yeux grands ouverts avec le bras gauche dressé à la verticale. J’essaie de lui parler, pas de réponse, de lui caresser le visage, aucune réaction. Je rejoins un couloir dans lequel j’avise une porte ouverte et une plaque indiquant « bureau médical ». J’essaie d’y pénétrer et on m’intime aussitôt l’ordre de rester dehors, on va venir me voir dans un moment. J’attends. 15 minutes plus tard j’avise une personne en blouse blanche à qui j’explique ce que je fais là et qui demande à quelqu’un de me rencontrer. Quelqu’un sort, le docteur B, un peu énervé, pour m’expliquer que mon mari n’est pas prioritaire. Les symptômes signalés par le médecin ont disparu après son admission aux urgences, ce n’est qu’un petit accident ischémique donc transitoire etc. J’accepte toutes ses explications mais j’insiste pour qu’il revienne voir mon mari, car je ne le trouve pas bien du tout. Il accepte et lorsqu’il le voit le bras en l’air dans cet état comateux, il change de couleur et dit  » On va accélérer le scanner. »

En réalité, on emmène mon mari passer une IRM, pendant que j’attends sur une des chaises du couloir, car je ne suis pas repartie dans la salle d’attente. Une heure plus tard le fameux docteur B vient me dire que mon mari a fait un AVC. La question qui se pose maintenant est de savoir si on décide de tenter une thrombolyse . On m’explique qu’il s’agit d’administrer un anti coagulant très fort pour dissoudre le caillot qui bouche l’artère cérébrale, avec le risque de provoquer une hémorragie. On va évaluer le rapport bénéfice risque. Et j’attends. Une infirmière vient m’avertir peu après que mon mari est transféré en neurologie vasculaire au premier étage de Belledonne unité C.

Je vais mettre 20 minutes à trouver, me perdant dans un labyrinthe, guidée par une succession de personnes employées du CHU, croisées pendant mon périple, et qui m’induisent en erreur. Enfin je finis par atterrir au bon endroit et je vois mon mari dans une salle de soins intensifs, entravé aux bras et aux pieds, toujours endormi. Il a reçu le traitement thrombolytique et on attend d’en connaître les effets. Je n’apprendrai que le lendemain matin au téléphone que le traitement a parfaitement fonctionné. Le maudit caillot a disparu.

Finalement, il est sorti au bout de 5 jours après une batterie d’examens qui ont montré que tout allait pour le mieux.

Notre système médical est vanté comme le meilleur du monde. Cocorico. Mais on peut dire que la prise en charge laisse quelque peu à désirer. La médecine de ville se repose entièrement sur les services d’urgence qui explose sous la charge de travail. Et encore habitons-nous en pleine ville à 10 minutes du CHU. Nous ne sommes pas dans un désert médical !

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