Troubles obsessionnels de la communication

Le délire de l’écriture inclusive

On en entend parler sur toutes les stations de radio, avec des témoignages d’experts et des interventions populaires. Il fallait que je réagisse aussi. Déjà j’ai pris connaissance des obligations formulées par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. On ne manquera pas de remarquer la prépondérance des femmes dans l’intitulé. C’est tout de même une fameuse dérive de nos gouvernements actuels d’user du langage comme d’un étendard dans cette croisade pour la gent féminine (et non la gente comme on le lit parfois, avec une connotation mécanique auto fâcheuse) et surtout quelle naïveté, mais on sait depuis Sartre que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Voici quelques recommandations du dit Haut conseil aux éditeurs de livres scolaires :

– veiller à équilibrer autant que possible le nombre de femmes et d’hommes présentés ;
– accorder les noms de métiers, de titres, de grades et de fonctions, en utilisant l’orthographe préconisée : par exemple, artisan.e ;
– utiliser l’ordre alphabétique lors d’une énumération de termes identiques au féminin et au masculin, afin de ne pas systématiquement mettre le masculin en premier ; par exemple, agriculteur et agricultrice, mais les femmes et les hommes.

On notera au passage la résistance passive de l’ordre alphabétique à obéir à la prescription.

Parlons un peu des noms de métiers. Ils ont été pour la plupart inventés à une époque où des hommes exerçaient seuls ces métiers. Pour certains, les femmes ont remplacé les hommes pendant la première guerre, c’est pourquoi agricultrice est venu s’ajouter à agriculteur par exemple. Beaucoup de métiers étaient typiquement masculins pendant des siècles, et lorsque les femmes se sont mises à les exercer, il était plus facile et souvent plus élogieux pour elles de garder le terme consacré. Katherine Pancol, interviewée récemment, expliquait qu’elle se sent diminuée lorsqu’on dit qu’elle est écrivaine, elle se sent écrivain à part entière, et non pas écrivain de second rang, sorte d’excroissance d’écrivain. Une autre personne se disait flattée de son titre de docteur es sciences et refusait absolument d’être appelée doctoresse. De même certains métiers sont typiquement féminins comme celui de sage-femme, est-il envisageable de fabriquer un sage-homme ? En ce qui concerne la diplomatie, l’ambassadeur représente une fonction, dans laquelle une homme ou une femme figure une délégation de son pays d’origine. Comme beaucoup d’ambassadeurs étaient des hommes dont l’épouse jouait un rôle non négligeable aux côtés de son mari dans les réceptions, on les désigne par le terme d’ambassadrice. Il serait donc parfaitement ridicule d’inventer ambassaderesse ou ambassadeuse pour une femme ambassadeur mais beaucoup plus simple de dire madame l’ambassadeur. La Colonelle était aussi l’épouse du colonel et on voit mal comment nommer une femme qui a le grade de colonel autrement que par son titre. Et que dire de la fonction d’arbitre dont il est impossible de féminiser le nom à terminaison vocalique ? De même le métier d’entraineur d’une équipe ne pourra pas utiliser entraineuse, réservé aux femmes qui incitent les clients à boire et parfois plus dans les bars.

Cette polémique qui se voudrait une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes n’a pas lieu d’être, par ailleurs peu suivie, car 300 et quelques enseignants ne constituent pas une majorité dans un secteur qui est le premier employeur de France. Raphaël Enthoven a raison d’évoquer le Novlangue de George Orwell dans 1984, derrière toute tentative de subversion du langage il y a une volonté d’asservir les consciences à une idéologie. J’adore son expression une lacération de la Joconde avec le couteau du commerce équitable. Je lisais hier un tweet fort amusant, la personne écrivait  J’ai joué à la poupée et à la dînette, je n’ai pas été traumatisée par la règle d’accord au pluriel dans laquelle le masculin l’emporte, puisque je suis ingénieur et ma sœur est colonel.

J’aurai deux remarques pour finir cet article, je pense que les femmes elles-même peuvent être les meilleurs artisans (j’y tiens) de leur émancipation, en conquérant leur liberté par l’éducation et par la volonté de se faire respecter. Je pense enfin qu’à une époque assez troublée par les multiples transformations de la société on ferait bien de s’en tenir à quelques traditions séculaires pour s’appuyer sur elles, car ce sont nos racines ; l’illettrisme est en recrudescence, ne compliquons pas l’apprentissage de notre langue, lisons du bon français, écrivons -le correctement, n’en déplaise aux Précieuses ridicules de 2017.

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Discussion

Une réflexion sur “Le délire de l’écriture inclusive

  1. Bonsoir Lise Nanteuil: le grand tort de cet article est d’être trop bref mais comme il dit l’essentiel, j’applaudis , non pas parce que je ne suis qu’un homme, mais parce que j’aime la langue française. On alors, il faudrait , qu’une commission adhoc – et nous avons l’institution pour depuis des siècles -, établisse la liste des mots à féminiser et les diffuse progressivement, non pour faire plaisir à un minorité mais pour clarifier notre langue …
    Bon travail, chère madame !

    Publié par Maldamé Régis | 13 novembre 2017, 18 h 44 min

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