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Conseils aux baigneurs en 1886

J’adore cet article, savoureux dans sa précision médicale, je vous laisse apprécier l’évolution du premier frisson au second frisson, le tout en costume ample et bonnet de toile cirée. A lire avant d’aller faire trempette cet été.

 

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Conseils aux baigneurs
Action des Bains de mer
par le Docteur A. Cottard, médecin de l’hospice de Fécamp.
Série d’articles parue dans « La plage normande illustrée » en 1886.

Pour qu’un bain de mer soit vraiment efficace, il doit être pris dans un climat relativement froid. Aussi une saison passée sur nos plages Normandes où l’eau est, du 15 juin au 1er octobre, à la température de 15° à 20°, donne-t-elle des résultats supérieurs à ceux que procure une saison passée sur le bord de la Méditerranée, par exemple, où l’eau est tiède et n’agit alors que par les principes minéralisateurs qu’elle contient.

Le bain de mer agira donc tout d’abord comme un bain froid. Il s’en distinguera en outre par les effets que produisent les chocs des vagues, la plus grande densité de l’eau marine, et la présence des principes salins qui s’y trouvent en dissolution.

Etudions premièrement les effets produits par le bain froid ordinaire. Nous verrons ensuite ce qui en différencie le bain de mer.

On appelle bain froid, un bain dont la température peut varier entre 0° et 25°.

On ne prend en général un bain de mer qu’autant que la température de l’eau s’élève à 15°; au-dessous de 15°, le bain est réputé trop froid.

Les effets du bain seront très différents suivant que ce bain aura une température se rapprochant de 0° ou de 30°. Le bain, sédatif dans ce dernier cas, sera, au contraire, essentiellement stimulant dans le premier. Entrons à ce sujet dans quelques détails.

Quand on se plonge dans l’eau froide, voici ce qui a lieu :

On éprouve, avec un frisson très intense (1er frisson), une sensation de refoulement du sang vers les parties profondes, refoulement qui existe bien réellement et que dénonce une respiration rapide et difficile (le sang venant engorger les poumons), la pâleur de la peau privée du sang chassé vers les organes internes et qui devient rugueuse (chair de poule). En même temps, on ressent dans tout son être un malaise général qui serait difficile à supporter s’il n’était de courte durée. Le pouls dénote que les battements du coeur sont moins forts et moins fréquents. On se plaint de céphalalgie, d’endolorissement général, et l’on est engourdi et momentanément à demi paralysé. Souvent il se manifeste un besoin d’uriner qu’on est obligé de satisfaire immédiatement.

Ces phénomènes, dits de concentration, ont pour causes, l’impression du froid et la compression exercée par l’eau à la surface du corps. Ils sont ordinairement de courte durée et font place à des phénomènes opposés qui ont reçu le nom de phénomène de réaction.

En effet, la respiration devient bientôt plus facile et plus ample, la circulation se ranime. Le froid se dissipe et fait place à une fraîcheur agréable. La peau se colore légèrement en rouge. En outre, les mouvements sont plus précis, et paraissent demander moins de force pour leur exécution, ou plutôt il semble que les forces soient doublées. On se croit plus léger et l’on ressent un bien-être très marqué.

C’est donc la contre-partie de ce qui a été observé au premier contact de l’eau.

Après un espace de temps qui varie suivant les individus et mille circonstances accessoires, le baigneur est pris d’un frisson (2ème frisson) qui annonce que la résistance est vaincue. On voit se reproduire les phénomènes de concentration précédemment observés et dont l’arrivée peut alors occasionner des accidents graves, notamment des congestions du cerveau, du coeur et des poumons. Beaucoup de baigneurs, en effet, ne retirent de mauvais effets d’un bain que pour avoir attendu ce frisson secondaire dont ils ignoraient les fâcheuses conséquences.

A la sortie d’un bain pris dans de bonnes conditions, la réaction qui a commencé dans le bain, comme je l’ai montré, continue de s’effectuer. Or, et c’est précisément ce qui la caractérise, au lieu de s’arrêter au point d’équilibre que l’immersion avait détruit en amenant les phénomènes de concentration décrits plus haut, elle le dépasse.

Les fonctions organiques du baigneur sont donc de toute nécessité fortement stimulées. C’est ce dont témoignent, d’une part, un plus grand nombre de pulsations cardiaques, qui sont en même temps plus fortes, et, d’autre part, l’abondance plus considérable de la chaleur produite et distribuée dans les diverses parties du corps. A l’accélération du mouvement de décomposition, que la réaction provoque, succède un mouvement inverse, c’est-à-dire de recomposition. Là est le secret des guérisons remarquables obtenues par les bains de mer.

Cette réaction, plus vive chez les sujets vigoureux, l’est au contraire beaucoup moins chez les êtres faibles, chétifs, épuisés par une maladie chronique, tels que les tuberculeux et les scrofuleux, chez tous ceux, en un mot, qui sont atteints de misère physiologique. Elle est favorisée par l’élévation de la température atmosphérique, et surtout par l’exercice musculaire.

En résumé, l’immersion dans l’eau froide provoque le développement des phénomènes suivants :

1° La respiration, difficile dans la période de concentration, redevient facile dans la période de réaction ;

2° La circulation, ralentie dans la période de concentration, s’accélère dans la période de réaction ;

3° La température, certainement abaissée dans les parties superficielles et peut-être aussi dans les parties profondes, s’élève peu à peu dans la période de réaction et arrive même à dépasser d’un degré la température observée avant le bain.

4° Ajoutons que, dans le bain froid, la peau absorbe une plus ou moins grande quantité de liquide (de 20 à 40 grammes).

Tels sont les phénomènes qui se manifestent pendant les deux périodes de concentration et de réaction. La première peut être aisément reproduite; la seconde le sera avec d’autant de difficulté que l’immersion aura eu lieu plus souvent dans un court espace de temps, que l’eau sera plus froide, le sujet moins vigoureux, et que les mouvements pendant et après le bain seront moins actifs.

Action des Bains de mer (suite)
Je viens de décrire les effets produits par un bain froid ordinaire. Examinons maintenant quelles modifications y apporte l’eau de mer.

L’eau de mer, étant plus dense que l’eau douce, enlève plus facilement que celle-ci le calorique des corps qu’elle entoure.

Mais une autre remarque, très importante, se place tout naturellement ici. L’eau de mer, par suite du mouvement dont elle est animée, est à chaque instant renouvelée à la surface du corps ; elle soustrait donc plus activement le calorique que si elle était tranquille. Cette remarque nous explique pourquoi, à température égale, le bain est plus froid et conséquemment plus actif par une mer un peu houleuse que par un calme plat ; pourquoi le bain pris dans une rivière est plus froid que le bain pris dans un lac.

Les mouvements que l’on exécute, lorsque l’on prend un bain de mer, permettent de réagir facilement contre le froid et d’atténuer les conséquences qui dérivent plus ou moins immédiatement de cette sensation. En augmentant le nombre et la force des battements du coeur, ils favorisent le refoulement excentrique du sang, concentriquement chassé par le premier contact de l’eau.

Les vagues, en fouettant sans cesse la surface du corps, agissent un peu comme les douches, à titre de révulsifs. Elles sont une sorte de contrepoids à l’action anémiante et dépressive du froid, et permettent de prolonger la durée du bain. Ce résultat est connu de la plupart des baigneurs qui, presque tous, préfèrent une mer un peu agitée à une mer trop calme.

La salure de la mer a bien aussi son importance. On prétend qu’elle est, pour la peau, un tonique puissant qui la raffermit en l’imprégnant.

C’est, assurément, à son action excitante qu’il faut rapporter les légers accidents (picotements, démangeaisons, etc.) qu’on remarque si souvent, accidents qui ont pu devenir, chez certaines personnes, dont la peau est fine et délicate, des contre-indications de la pratique balnéaire.

En outre, les sels que renferme l’eau de mer sont absorbés en quantité assez considérable puisque l’analyse chimique a démontré que les urines des baigneurs sont plus riches (deux ou trois plus riches) en chlorure de sodium qu’elles ne le sont avant ou après la saison balnéaire.

Ainsi donc, le bain de mer est moins dépressif, plus tonique que le bain froid ordinaire. Il expose moins à des accidents de concentration, et, en rendant la réaction plus facile et plus prompte, il peut être très avantageusement conseillé à de nombreux malades.

Tels sont les effets primitifs, si je puis m’exprimer ainsi, des bains de mer. Mais ils se développent ensuite des effets qu’on peut appeler secondaires ou consécutifs. Plus marqués après les premiers bains, ils disparaissent graduellement quand on s’habitue à l’eau de mer.

On est en général fatigué, brisé après un premier bain. On est plus paresseux que de coutume ; la tête s’alourdit, et le sommeil, plus ardemment désiré, a, d’ordinaire une durée plus longue; quelques personnes cependant se plaignent d’insomnies. Ces phénomènes sont généralement de courte durée. En effet, on voit bientôt, et cela est surtout remarquable chez les convalescents, les forces renaître, et le baigneur éprouver un bien-être qui dénote le fonctionnement le plus parfait de son organisme.

Les bains de mer déterminent chez beaucoup de personnes une constipation difficile à vaincre ; le contraire cependant peut être observé, et j’ai été consulté par un baigneur qui m’a affirmé qu’il était invariablement pris de diarrhée après chaque bain.

Ordinairement, l’appétit est augmenté, en même temps que les fonctions digestives acquièrent une activité plus considérable. Il ne faudrait pourtant pas s’étonner de l’apparition d’un léger embarras d’estomac qui survient quelquefois au moment des premiers bains.

Les bains excitent aussi les fonctions de la peau; et, quand cette excitation est trop vive, diverses éruptions, dont je parlerai plus tard, en sont les conséquences.

C’est donc en stimulant les divers organes à remplir les fonctions auxquelles ils sont destinés qu’agissent les bains de mer. Si cette stimulation doit être recherchée; il faut cependant bien convenir qu’elle a des limites qu’il serait imprudent et regrettable de ne pas respecter.

Conseils aux baigneurs (suite)
Règles à suivre pour prendre avec avantage et sans danger un bain de mer
Si les baigneurs ne retirent pas habituellement d’une saison à la mer tous les avantages qu’ils pourraient y trouver, c’est qu’ils négligent les règles à suivre pour les obtenir. Ces règles concernent le costume, l’heure à laquelle il faut se baigner de préférence, la manière de le faire, la durée du bain, et les précautions à prendre pour favoriser la réaction.

Un bain ne pourra être salutaire qu’autant qu’on suivra rigoureusement les conseils que je vais vous donner :

1° Costume

On choisira un costume ample, permettant l’exécution facile des mouvements. Il sera d’une étoffe légère, n’ayant pas trop de tendance à adhérer à la peau; car, s’il empêche le contact immédiat et constant du liquide, l’effet du bain sera évidemment amoindri. C’est au tissu de laine dit serge qu’il faudra donner la préférence.

Les bonnets en toile cirée, qui empêchent que la tête ne soit mouillée, sont nuisibles. Aussi doivent-ils être sévèrement défendus. L’action de l’eau de mer sur les cheveux n’est, du reste, pas à craindre, comme j’aurai lieu de le dire plus loin, et il suffit de les retenir dans un filet.

2° Heures

L’heure qu’il faut préférer, pour prendre un bain doit être bien précisée, en raison de son importance.

On doit poser en principe qu’un intervalle d’au moins trois heures doit séparer le moment du bain de celui auquel a eu lieu le dernier repas.

Pour ceux qui, à huit heures, prennent une tasse de bouillon ou de chocolat, etc., déjeunent à onze heures et dînent à six, je propose les heures suivantes :

Le matin, de 9 à 11 heures.

Le soir de 4 à 6 heures.

Cette règle ne souffrira que très peu d’exceptions. Il est pourtant des gens qui ne peuvent se baigner que le matin à jeun.

Les convalescents ne devront le faire que pendant les heures les plus chaudes de la journée, c’est-à-dire de midi à quatre heures. Le même conseil doit être donné aux personnes délicates qui résistent difficilement au froid. De ce nombre sont les enfants.

Il faut se rappeler, en fixant l’heure de son bain, qu’il est moins profitable à mer basse qu’à mer haute ; et qu’à mer descendante, il offre, avec des dangers plus grands, des avantages moins marqués qu’à mer montante.

Les conseils que je viens de donner se rapportent à toute une saison. Mais le premier bain demande des précautions spéciales. D’abord, il est prudent de ne point le prendre le jour de l’arrivée à la mer et d’attendre un acclimatement toujours nécessaire, mais qui ne s’obtient qu’après un temps variable. Puis il faudra choisir une belle et chaude journée et préférer l’intervalle d’une heure à quatre heures de l’après-midi.

A. Cottard.

Docteur en médecine.

BathingSuit1920s

 

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