Histoire des peuples, La langue française et ses origines

Le Génocide Acadien ou Grand dérangement

800px-Les_Acadiens10.000 personnes qui périssent en déportation, soit parce qu’elles refusent d’être déplacées, soit parce qu’elles sont abandonnées sans ressources sur des côtes, ou parquées en plein hiver dans des camps où elles sont maltraitées, ou noyées pendant le voyage, et tout cela uniquement à cause de leur refus de prêter allégeance à la couronne britannique, on peut qualifier cet épisode historique de massacre, voire d’ épuration ethnique. Le chiffre pourrait paraître anodin aujourd’hui, mais il faut le replacer dans son époque, proportionnellement à la population du 18ème siècle, il est alors énorme et c’est plus de la moitié des Acadiens qui, peuplaient les provinces maritimes d’Amérique du Nord, colonies françaises, cédées à la Grande-Bretagne au traité d’Utrecht en 1713. De nos jours on trouve certains de leurs descendants au Nouveau Brunswick, en Nouvelle Écosse, à l’Île du prince  Édouard, dans les Îles de la Madeleine, en Gaspésie, à Terre-Neuve, à Saint-Pierre et Miquelon, dans le Maine ou en Louisiane, dans ces terres que leurs ancêtres ont été forcés de quitter. Stéphane Bergeron, député du Bloc Québécois, descendant d’Acadien a déposé une demande officielle de reconnaissance du génocide par la couronne britannique. Seul le Canada a reconnu la déportation et le drame humain qui y est attaché, mais sans formuler d’excuses. Le 28 juillet on commémore le triste anniversaire du Grand Dérangement.

Revoyons les faits. Les traités d’Utrecht entre 1713 et 1715 mettent fin à la guerre de Succession d’Espagne, des accords sont passés entre les puissances européennes et la France doit céder à l’Angleterre la baie d’Hudson, l’Acadie et Terre-Neuve, sauf l’Île Royale. 1700 habitants français, à cette date, sont cédés à la couronne britannique avec les territoires maritimes du nord-est de l’Amérique du nord. Placés sous contrôle de 400 soldats, ils sont fermement invités à devenir sujets britanniques et à prêter allégeance à la couronne, ce qu’ils refusent.

Tableau de C. Jefferies

Tableau de C. Jefferies

Dès 1720, les premiers plans de déportation des Acadiens sont envisagés compte tenu que les Français ne seront jamais de bons sujets de sa majesté et devront être expulsés. La cohabitation est difficile, marquée par des épisodes récurrents de guérilla amérindienne en soutien à la France. Les colons britanniques convoitent les terres acadiennes fertiles et les activités liées à la pêche, à la morue en particulier et au commerce des fourrures.

La 4ème guerre inter-coloniale débute en 1754 et en 1755, un contingent de 1800 soldats arrive en renfort en Nouvelle Écosse. En juillet, la déportation est déclarée officiellement et annoncée à la population réunie dans les églises ou dans les forts, les hommes sont aussitôt encerclés, arrêtés, conduits sur des bateaux et leurs terres confisquées. Les déportés, au nombre de 10.000 environ sont divisés en plusieurs groupes, répartis par âge et par sexe et les familles séparées. Leurs destinations sont multiples, Virginie, Caroline du nord et du sud, Géorgie, Massachussets…La plupart des états les refusent, ils doivent rester sur les bateaux ou errer sans nourriture et sans abri, sur les plages qui bordent les côtes de l’Atlantique. Un bon nombre d’Acadiens parvient malgré tout à regagner leur région d’origine, mais des centaines meurent de faim, de froid ou de maladies dans des camps. En 1756 plus de mille survivants sont dirigés sur l’Angleterre où ils arrivent dans le meilleur des cas après trois mois de traversée épuisante. Deux navires ont coulé, le Violet et le Duke William. L’Angleterre les reçoit très mal, ils sont divisés en quatre groupes et répartis entre Liverpool, Southhampton,  Bristol et Penryn, où ils resteront sept ans au cours desquels ils subissent encore des pressions pour prêter allégeance mais s’y refuseront obstinément. Maltraités, souvent utilisés pour effectuer des travaux pénibles sans salaire, ils vivent dans des  conditions déplorables, dans des baraquements sur des quais. Le traité de Paris met fin à leur calvaire et ils ont la possibilité, du moins pour les survivants d’être rapatriés en France.

Le traité de Paris a contraint la France à abandonner le  Canada aux Anglais mais a récupéré Belle-Île en mer, qui va devenir une destination pour 77 familles de réfugiés. Leur installation n’est pas simple, vue défavorablement par les Îliens, à cause du manque de maisons, et de matériel agricole. Mais les réfugiés vont participer à la construction d’habitations, ceux qui sont marins vont se joindre aux  pêcheurs, et les terres seront partagées équitablement et mises en valeur. Les candidats au retour en Amérique du nord, en particulier en Louisiane, vont pour certains transiter par Nantes ou s’y installer durablement. Les Acadiens ou Cadiens qui émigreront en Louisiane seront appelés Cajuns de manière péjorative par les anglo-saxons.

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Discussion

Une réflexion sur “Le Génocide Acadien ou Grand dérangement

  1. Merci pour ce bel article sur la souffrance des Acadiens presque méconnue. L’histoire se répète, notre mémoire est courte et l’inculture domine tous les domaines malgré ou à cause du net.
    Merci pour l’ensemble de vos articles qui n’en disent pas trop mais donnent l’envie d’en savoir plus. Je vous signale au passage un blog intéressant, celui de Mélanie Talcott, http://www.lombreduregard.com/
    Cordialement
    R. Pimenta

    Publié par Robert Pimenta | 16 août 2016, 13 h 26 min

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