La langue française et ses origines, Médecine et Sciences

Des sages-femmes : histoire d’un nom et d’une profession.

Pas plus tard qu’hier, une discussion s’élève au sein de mon groupe d’anglais. Le professeur demande pourquoi on dit en français une sage-femme, est-elle sage ? Que veut dire sage dans ce nom ? Tout le monde y va de sa petite explication, non, non elle n’est pas sage à proprement parler, (j’en connais même qui ne sont pas sages du tout, assez dévergondées pour tout dire), sage signifie qui a la connaissance, l’expérience. Comment dit-on en anglais au fait ? Je réponds brillamment midwife et le professeur de nous expliquer que le préfixe mid vient du vieil anglais et signifie la même chose que mit en allemand c’est-à-dire avec. Ce qui nous permet de nous approcher tout près du sens du nom sage-femme. Il désigne la personne qui accompagne la femme, qui l’assiste, qui est en un mot avec elle. Sage veut donc dire qui est aux côtés de la femme en raison de ses compétences, de sa connaissance de l’appareil féminin.
Au fait, y a t-il des hommes qui exercent cette profession ? Très peu, mais comment dit-on dans ce cas ? L’anglais, pragmatique, dit male midwife et il a raison, puisque wife ne renvoie pas à la personne soignante mais à la parturiente. Quelqu’un de très savant déclare qu’on dit maïeuticien et obtient un franc succès. Des hein ? Des non ! fusent de partout. Voyons la maïeutique est l’art d’accoucher des esprits de leur faire trouver des idées…etc.
Il n’en fallait pas davantage pour qu’aujourd’hui j’aie envie d’en savoir plus. Donc j’ai fait des recherches, maïeuticien n’est pas encore entré dans le dictionnaire Larousse, ni dans celui de l’Académie, mais tente un passage en force, ça fait scientifique et bien dans le décor. D’ici quelques années il y a fort à parier que le nom sage-femme disparaîtra au profit de maïeuticienne.  Surtout avec cinq ans d’études.

Et me voilà lancée dans l’histoire passionnante des sages-femmes.
On accouche depuis des temps immémoriaux, mais on peut penser que dans la Préhistoire les femelles faisaient ce qu’elles pouvaient en regardant mettre bas leurs congénères animales, et puis vaille que vaille, c’était la sélection naturelle. Pas de préparation à l’accouchement sans douleur c’est sûr. Peut-être savait on déjà user de certaines plantes qu’on machouillait pour atténuer la douleur. Dans l’Antiquité, avec les débuts de la civilisation, les femmes ont en Egypte, du moins au début des 30 siècles de leur histoire, une situation privilégiée. Faire des enfants donne un statut social enviable et des prêtresses officient dans des temples pour les aider à enfanter. En Grèce les sages-femmes se forment de manière empirique mais réelle. Seules peuvent tenir ce rôle éminent les femmes qui ont déjà été mères et trop âgées pour l’être encore. Socrate était le fils d’une sage-femme. Il existe même une déesse des accouchements qui n’est autre qu’Artémis.

Artémis

Artémis

 

Junon-Lucine, invoquée pendant les accouchements

Junon-Lucine, invoquée pendant les accouchements

Chez les Hébreux, les femmes se débrouillent seules, ou recourent à des accoucheuses, femmes plus évoluées que la moyenne, dans des cas difficiles. À Rome, il existe comme en Grèce une sage-femme divine, Junon-Lucine, mais ce sont surtout des sages-femmes grecques qui enseignent aux Romaines et qui intègrent les corporations appelées medica ou maïa (sans s, c’est du latin). Elles sont même expertes et consultées en cas de litige autour d’une grossesse en cas de divorce par exemple.
Tout se gâte pendant le Haut Moyen-Âge. Ce sont certainement des descendantes des druidesses qui vivent à l’abri dans les forêts, dans des endroits secrets, qui passent pour des sortes de fées et finalement de sorcières avec la science des herbes et des potions magiques, ce qui autorise l’Église à les brûler. Comme quoi la civilisation, les religions, tout ça apporte le progrès. Au 9eme siècle on commence à voir apparaître, parallèlement aux médecins reclus dans les monastères, des médecins laïques, appelés mires (qui perdurent, voir Molière, le Vilain Mire, ce qui signifie le paysan médecin) et leurs épouses ou miresses qui font office de sages-femmes. Les femmes des villes sont mieux loties que celles des campagnes car elles bénéficient de l’aide de sages-femmes reconnues, alors que les secondes ne sont assistées que par des matrones ou ventrières.  Heureusement l’époque moderne allait voir évoluer la situation.

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