Comportements, La langue française et ses origines, Questions de société

Vapoteurs ou fumeurs ? Tout savoir… ou presque sur la e-cigarette

On dénombrait pas moins de cent boutiques de vente de cigarettes électroniques début 2013 en France qui depuis se sont démultipliées, car dans chaque rue on en découvre une nouvelle par semaine, plus que celles des opticiens et des audiésistes, ce qui n’est pas peu dire. Phénomène de mode ? Nouvelle niche de rentabilité ? Nouvelle drogue douce ? Certainement les trois à la fois. Le principal argument des adeptes de cette nouvelle pratique est qu’elle les aide à se désintoxiquer du tabac, et les éloigne vertueusement du cancer du poumon. Avec cela tout est dit, sauf que l’e-cigarette est très controversée car ses effets sont mal connus et qu’elle présente sans doute des dangers. Ceux qui la vendent ne sont pas formés, encore moins diplômés ni contrôlés, et ont suivi au mieux un petit stage avant d’ouvrir leur officine.

Protoype de l'e-cigarette de Hon Lik

Protoype de l’e-cigarette de Hon Lik

Hon Lik soufflant un nuage de micro-gouttelettes de propylène glycol vaporisé

Hon Lik soufflant un nuage de micro-gouttelettes de propylène glycol vaporisé

Cette pratique est nouvelle, ou plutôt son extension, car le premier brevet de ce type de cigarette a été déposé en 1965 par l’américain Herbert A.Gilbert et son projet de remplacer le tabac et le papier par de l’air chauffé et aromatisé datait déjà de deux ans, mais il n’a jamais été commercialisé par manque de moyens financiers. C’est un pharmacien chinois Hon Lik qui, avec le même objectif, a inventé un nouveau concept de technologie ultra-sonique et déposé un brevet en 2003, fondé sa marque en 2005, Ruyan (ce qui signifie comme une cigarette) et fabriqué à Shenyang au nord-est de la Chine les premières e-cigarettes. Son brevet a été copié plusieurs fois et il a fini par revendre sa société à la multinationale Tobacco et a empoché pas moins de 55 millions d’euros. Entre temps, une nouvelle technologie de vaporisation par résistance chauffante a été mise au point et brevetée en 2009 par un autre chinois Yunqiang Xiu qui a créé l’Electronic Nicotine Delivery System (ENDS) qui fabrique dans les villes de Shenzhen et de Hong Kong. C’est la technique la moins coûteuse et donc la plus répandue aujourd’hui.

1204140702551415649718451La e-cigarette d’aujourd’hui ne ressemble plus en rien au premier prototype de Hon Lik constituée d’électrodes reliées à un microprocesseur, mais imite dans tous ses détails la cigarette classique, jusqu’à utiliser une diode qui s’allume pour en reproduire le bout incandescent. A la place du tabac et du papier, les composants sont une batterie au lithium-ion, une résistance et une cartouche qui contient un liquide, du propylène glycol et/ou du glycérol auquel s’ajoutent des arômes (tabac, fruits, café, thé, whisky, tarte aux pommes, lard grillé, pizza et même fromages pour n’en citer que quelques uns) et souvent de la nicotine. Le principe est simple en soi, il s’agit de chauffer à l’aide de la résistance environ à 50° le liquide qui, mélangé à l’air, est aspiré et diffusé sous forme de micro-gouttelettes de vapeur blanche imitant la fumée. Le chauffage de la résistance est déclenché soit manuellement soit électroniquement. La résistance est appelée atomiseur ou encore clearomiseur, il contient un fil en nichrome, kanthal ou inox qui entoure une mèche en fibre de silice enveloppée ou non de bourre qui permet de stocker le liquide et de l’amener par capillarité jusqu’à la résistance. On parle aussi de cartomiseur lorsque atomiseur et cartouche ne font qu’un. Il existe une pratique récente qui consiste à déposer quelques gouttes de liquide directement au contact de la résistance, la vapeur obtenue est plus dense, plus forte en nicotine, plus appréciée des anciens gros fumeurs de tabac et donc beaucoup plus dangereuse. Il s’agit du dry vaping ou dripping. Fumer des e-cigarettes donne lieu à un vocabulaire spécifique incompréhensible des non-fumeurs, un véritable jargon échangé sur des forums. Quelqu’un demande s’il vaut mieux utiliser un ato 510 ou un ato avec un cône normal sur un ego, ou encore si on peut vapoter en dry avec une ego C2 et un cône type A et on évoque plus loin les atos T ou C.  Cela m’amène à jeter un œil sur l’étymologie du verbe vapoter. En effet, les vapoteurs veulent se démarquer des fumeurs en prétendant se désintoxiquer du tabac, donc ont inventé une nouvelle terminologie. Pour ce faire, un concours a été organisé en ligne en 2008, et le verbe vapoter a gagné d’une courte longueur devant fluver et smoguer et plus loin devant taffer, humer, écloper,  et électrofumer. La langue française l’a échappé belle. Vapoter a permis la dérivation de vapoteur, et vapotage.

La grande question est tout de même celle de la dangerosité, arrêter de fumer du tabac est salutaire à condition de ne pas s’exposer à d’autres produits cancérigènes. Le pneumologue Bertrand Dautzenberg appelle à la prudence et souhaite que la cigarette électronique soit répertoriée en tant que médicament, si on la considère comme un substitut du tabac au même titre que les patchs par exemple, ce qui permettrait son contrôle par l’Agence du médicament. Pour l’instant l’étiquetage n’est même pas fiable. En juillet 2009 Food and Drugs Administration aux US a mis en garde contre les risques liés aux nitrosamines cancérigènes du diéthylène glycol qui n’est a priori pas utilisé en France mais sur Internet. L’INRS, institut national de recherche et de sécurité, invite les employeurs à la prudence et à éviter que les employés vapotent dans les lieux collectifs. Les employeurs sont en effet plutôt enclins au laxisme car leurs salariés récupèrent une heure par jour de productivité en ne perdant pas de temps à descendre dans la rue et à discuter avec leurs collègues. On ne trouve plus de mégots qui traînent sur le sol, plus d’odeurs infectes dans les halls de sociétés. Pour terminer nous verrons que plusieurs pays sont réticents à l’égard de cette fameuse e-cigarette, son usage est déconseillé en Belgique, au Canada, aux US, en Suisse elle est autorisée sans nicotine, en Italie aussi pour les moins de 16 ans. Elle est carrément interdite en Australie, en Israël, au Brésil, au Mexique, en Thaïlande, à Singapour et, le comble, à Hong Kong où elle est fabriquée, ce qui devrait nous inciter à réfléchir. Aujourd’hui Hon Lik travaille sur un projet de purificateur d’air plus profitable à la société pour lutter contre la pollution de la ville de Pékin.

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