arts plastiques expositions, origine des us et coutumes, Technologies contemporaines

Les Trente glorieuses de la lingerie fine : faux-culs, corset et frou-frous isérois

IMF_COLONECENTRAL50_WEB_CHEMIN_19406_1361391669Voilà une exposition au Musée Dauphinois de Grenoble qui satisfait tout le monde, les femmes qui aiment les jolis ouvrages faits main, les dentelles arachnéennes, les satins dans lesquels elles se fantasment plus belles et plus désirables, et les hommes toujours un peu voyeurs (et quand je dis un peu c’est un euphémisme) qui se prennent à rêver à des mannequins de chair nacrée et à des jupons révélateurs d’insondables félicités. Les Dessous de l’Isère, titre de l’expo, est un peu réducteur et même péjoratif, mais l’affiche rectifie aussitôt cette impression avec un dessin mettant en scène une jeune femme brune et dorée à la taille souple, en soutien-gorge de satin noir dévoilé par un cache-cœur de dentelle gris pâle. Non seulement cette expo fait rêver mais elle rappelle aux autochtones le glorieux passé textile de leur région et en instruit tous les autres, grâce à des informations historiques qui retracent la chronologie de ces trente années de création et de production qui séparent l’après-guerre du premier choc pétrolier.

Jeunes filles occupées à coudre leur trousseau sous la direction de leur mère.

Jeunes filles occupées à coudre leur trousseau sous la direction de leur mère.

La première salle nous ramène un siècle en arrière et nous montre ce que portaient nos aïeules qui dès l’âge de 13 ans, celui de la puberté, passaient leurs hivers à tirer l’aiguille pour fabriquer le fameux trousseau, censé durer toute la vie, qui allait leur permettre de trouver un mari. Des chemises portées à même la peau, de longueur moyenne pour le jour et plus longue pour la nuit et des culottes longues largement fendues à l’entrejambe, nouées à la taille par des rubans coulissants, et qui en laissent perplexes plus d’une et  rêveurs plus d’un.

IMF_VIGNETTE_WEB_CHEMIN_19630_1362038578Les seins étaient libres sous la chemise mais soutenus par un corset de baleines en fanons véritables à l’effet pigeonnant formant une charmante corbeille dans laquelle on pouvait ranger son mouchoir, ses billets doux et sa petite monnaie. Mais le corset enserrait et affinait la taille au prix d’une telle contrainte qu’on comprend pourquoi les femmes s’évanouissaient si facilement. Et, quand les hanches et le postérieur manquaient de volume le faux-cul venait les rembourrer au gré de la mode.

La plus belle pièce de cette collection est une chemise de noces réalisée par des sœurs d’un couvent proche de Grenoble dans une toile de lin immaculée presque transparente, agrémentée de dentelles et de broderies et fermée d’une ribambelle de petits boutons de nacre. Ces femmes recluses n’ont pu qu’imaginer entre quelles mains pressées allait finir leur œuvre délicate et fragile.

Le thème des salles suivantes est la libération de la femme passée par la libération de son corps, le rôle capital joué par le couple fondateur de la société Lou, Lucienne et André Faller, qui passionnés de ski avaient découvert les Alpes, et décidé de créer une usine à Grenoble en 1946. Mettant à profit les découvertes de matériaux modernes comme l’acétate et la viscose, dérivés de la cellulose contenue dans la pâte à bois puis des fibres synthétiques dérivées des polyamides du pétrole, ils créent ensemble des modèles près du corps, confortables et jolis dans des tissus peu froissables et brillants. Presque dans le même temps d’autres usines sont fondées dans la région, au nord Isère, par exemple celle de la société Alto de Pierre Top (ça ne s’invente pas) qui lance la marque O Yes jolie poitrine et celle de la société Lora, le triomphe du slip, à Saint-Marcel-Bel-Accueil où l’on tisse le fil et à Lyon où la lingerie est produite. Finie la lessive bisannuelle de sous-vêtements lourds et épais, non seulement le corps est libéré de ses entraves mais la femme est dispensée de corvées d’entretien puisque ces sous-vêtements se lavent, sèchent vite et ne se repassent pas.

Malheureusement cette épopée industrielle iséroise va avoir une fin puisqu’à la fin des années soixante-dix la production commence à être délocalisée en Tunisie et ailleurs, les sociétés sont rachetées par des grands groupes allemand, américain comme Playtex, Triumph et Wonderbra. La mondialisation frappe à la porte et les usines françaises ferment. Maigre consolation mais consolation tout de même, la société Jaboulet continue aujourd’hui à fabriquer des tissus élastiques et soyeux pour les couturiers à Saint-André le Gaz et Paturle à Saint-Laurent du Pont continue à produire des baleines pour les corsets de Lady Gaga. Heureusement les baleines peuvent rester tranquilles, on ne les dépossède plus de leurs fanons, au profit du plastique.

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