Comportements, Troubles obsessionnels de la communication

Les colocations : de tapageuses auberges espagnoles

l'auberge espagnoleVous habitez une ville universitaire dans un immeuble ancien au centre des communications, avec de belles surfaces, vous avez des voisins âgés et très calmes ? Vous êtes concernés par mon article, car cette douce tranquillité va se commuer dans les années ou les mois qui viennent en un enfer rouge vif. Je m’explique, d’abord votre voisine, qui perd  peu à peu son autonomie, va entrer en maison de retraite, poussée par ses enfants, lassés d’être réveillés en pleine nuit par des appels à l’aide. Vous ne voyez plus très souvent votre voisin veuf qui se déplaçait avec une canne ? Il est tombé dans la rue et a fait un séjour prolongé à l’hôpital, antichambre de la maison de retraite là aussi. Alors les appartements sont mis en vente par les enfants ou en location et c’est là que la situation bascule. Avec la crise économique, la baisse de l’activité, les banques réticentes à ouvrir des crédits à de potentiels acheteurs, les propriétaires ne trouvent plus de locataires classiques c’est-à-dire une famille si possible de gens bien élevés et finissent par louer à des étudiants qui se partagent le loyer forcément élevé dans les grandes surfaces, sans trop de risque d’impayés puisque les parents se portent garants de leur progéniture. Ils reçoivent des allocations logement spécifiques, et au final tout le monde est content, les agences immobilières, les propriétaires et les locataires qui ont tous vu les avantages d’une colocation après le film de Cédric Klapisch. Convivialité, sécurité, économie, apprentissage du partage, et conquête de la liberté. Les parents ne sont pas mécontents non plus de voir partir  ailleurs, vers leur autonomie, ces jeunes qui laissaient traîner leurs chaussettes, n’essuyaient jamais la douche, et se faisaient servir douillettement à table. Ils ont tous vu Tanguy s’incruster jusqu’à 26 ans au foyer parental.

auberge-espagnole-2002-11-gJ’en arrive aux faits après ce long préambule explicatif. Un beau matin vous voyez en bas de votre immeuble une joyeuse équipe de jeunes gens, nombreuse car aidée par des copains rameutés pour donner un coup de main, en train de réquisitionner l’ascenseur et de l’emplir d’objets hétéroclites à durée de vie limitée (encore pire que l’obsolescence programmée dans le neuf). Échange de sourires, de politesses dans le meilleur des cas. Boucan d’installation acceptable, identité multiples déclinées sur de vilains bouts de papier collés sur les boîtes aux lettres. Votre œil méfiant a vite fait de compter les nouveaux occupants, ils sont 6 et pourtant cet appartement que vous connaissez bien n’a que 4 chambres. Vous supputez : la cuisine reconvertie ? Deux occupants par chambre ? En général, il ne s’écoule pas un très long laps de temps, une à deux semaines, et c’est parti, quelques essais de haut-parleurs sur le coup de 21h, des basses de préférences qui signalent la musique techno (celle qui perce les murs les plus épais et vous donnent des coups dans le cœur), un balcon qui se remplit de bouteilles d’alcools divers et la porte d’entrée de l’immeuble malmenée se met à claquer toutes les deux minutes. C’est la pendaison de crémaillère ! Vous vous raisonnez, ça n’aura lieu qu’une seule fois…Pas du tout, vous faites fausse route, chaque fois qu’un personnage entrera ou sortira de la colocation, une nouvelle pendaison réunira toute une smala, il y aura aussi les anniversaires à fêter, le début de l’année universitaire, la fin, l’arrivée des vacances, la fin, les succès, plus aléatoires, et tous les prétextes à picoler et à fumer dieu sait quoi. Vous pourrez toujours essayer de joindre les gardiens de l’ordre public Vous avez demandé la police, ne quittez pas, vous avez demandé la police ne quittez pas...Vous pourrez toujours signer des pétitions dans le voisinage affolé, rencontrer les fauteurs de trouble directement Vous ne pouvez tout de même pas nous empêcher de faire des fêtes ! La qualité de vos nuits sera désormais soumise au hasard d’un calendrier imprévisible. Les lendemains de ces nuits blanches au matin, des samedis ou des dimanches en principe, les escaliers réserveront des surprises odorantes, des verres brisés, parfois la présence d’un corps avachi sur une marche qu’il faudra enjamber, mais vous serez assurés d’un calme absolu jusqu’en milieu d’après-midi au moins. Supporter ou fuir, là est la question, mais si vous fuyez, vous serez remplacés par une colocation, alors pensez à vos voisins.

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