Séries télévisées

« Bon Dieu, mais c’est bien sûr » : nostalgie des premières séries policières

5dernieresminutesOn peut presque dire que les premières séries policières ont suivi l’évolution de la télévision. Les Cinq dernières minutes par exemple ont été d’abord diffusées sur la RTF, puis sur l’ORTF 1e chaîne, avant de passer sur Antenne 2, puis la 5, au fur et à mesure des ouvertures de chaînes nouvelles. En 58, les Cinq dernières minutes étaient déjà très modernes, il s’agissait d’une émission-jeu, avec participation de candidats qui regardaient le film en studio et donnaient leur avis avant que la Clé de l’énigme ne soit offerte au public, assez limité à l’époque, du petit écran. Cette série créée par Claude Loursais s’est déclinée en 155 épisodes et en 4 grandes périodes qu’on détaillerait et nommerait aujourd’hui à l’anglo-saxonne des saisons, au cours desquelles le principal protagoniste a été incarné par des acteurs successifs, d’abord Raymond Souplex, dans le rôle de l’inspecteur Bourrel, froid et redoutablement efficace, élevé rapidement au rang de commissaire Bourrel assisté de son adjoint Dupuy. C’est lui qui a rendu célèbre cette phrase incontournable de la fin de l’émission  » Bon Dieu mais c’est bien sûr !  » que notre société pudibonde du vocabulaire a euphémisé en  » Bon sang mais c’est bien sûr ! « . Au décès de Souplex en 74, c’est Christian Barbier qui reprit le rôle mais par respect pour son prédécesseur s’est appelé commissaire Le Carré de 74 à75, puis jacques Debary devenu le commissaire Cabrol, de 75 à 92, et enfin Pierre Santini alias le commissaire Massard de 93 à 96. Le seul acteur qui a traversé pratiquement toute cette période dans le rôle de l’inspecteur Ménardeau, à la voix traînante, s’appelait Marc Eyraud, ne pas confondre avec son homonyme. L’indicatif musical est resté constant, il s’agissait d’un solo de trompette jazzy interprété par Pierre Thibaud, composé par Marc Lanjean et intitulé non sans humour « Arsenic Blues ». Dans ses débuts cette série n’avait quasiment pas de concurrents, et était très attendue par le public qui n’était pas encore saturé d’émissions policières. Elle a été souvent pastichée, gage de célébrité s’il en est, notamment par Raymond Devos dans un sketch où il cite « ma dernière heure est arrivée ». L’ambiance était très particulière, en grande partie due à la sobriété du noir et blanc qui se prêtait à merveille au récit de crimes et au décor désuet de l’après-guerre, que l’on retrouve dans les films noirs que l’on a malheureusement colorisés. C’est l’époque des policiers à vélo en pélerine et képi, des bignoles gouailleuses et des odeurs de chou dans les escaliers. C’est un peu encore le Paris de Doisneau.

Bernard Noël dans Vidocq

Bernard Noël dans Vidocq

Il a fallu attendre quelques années pour suivre les Aventures de Vidocq, créées en 67 par Marcel Bluwal et Claude Loursais et inspirées des Mémoires de ce personnage historique ancien bagnard devenu chef de la sûreté dans la première moitié du 19e siècle, incarné par Bernard Noël puis par Claude Brasseur dans les Nouvelles Aventures de Vidocq en 71. Cette série n’a duré que quelques mois.

La même année, on pouvait commencer à voir les Aventures d’Arsène Lupin avec dans le rôle principal du héros de Maurice Leblanc l’élégant Georges Descrières de la Comédie française, rôle ensuite repris par Jean-Claude Brialy de 89 à 90, puis par François Dunoyer de 95 à 96. Chaque acteur a imprimé son style dans le personnage tout en respectant les facéties du gentleman cambrioleur qui ridiculisait gentiment la maréchaussée par l’inventivité de ses tours. On s’éloignait là énormément du réalisme des années cinquante et soixante.

En 74 les Brigades du Tigre prenaient le relais et transportaient le téléspectateur au début du siècle dans 36 épisodes endiablés, au rythme des voitures pétaradantes, qui ont marqué la modernisation de la police. L’acteur Jean-Claude Bouillon dirigeait son équipe d’une main de maître en costume trois pièces et casquette à petits carreaux, un peu dans le style de Rouletabille.

Jean Richard dans le rôle de Maigret

Jean Richard dans le rôle de Maigret

Il reste à évoquer l’incontournable série franco-belgo-helvético-tchèque des Maigret, encore diffusée il y a peu et qui a sauvé bien des gens de l’ennui et peut-être davantage en 2003 pendant la fameuse canicule, aux heures les plus chaudes, sur France 2. Elle s’appuyait sur l’œuvre immense de Georges Simenon. Le célèbre commissaire Jules Amédée Maigret, né à Saint-Fiacre das l’Allier, et grand amateur de blanquette de veau, sous les traits de Jean Gabin d’abord, puis de Jean Richard et de Bruno Cremer, renouait en 91 avec la période de l’après-guerre d’après les romans adaptés et a duré jusqu’en 2005. Commissaire bourru, à la large carrure et au grand cœur, Maigret prenait son temps, essayait de pénétrer dans la psychologie des coupables potentiels, aidé dans sa réflexion par la fumée de son éternelle bouffarde. Son audience peut être comparée à celle des Cinq dernières minutes, ainsi que sa pérennité.

Voilà les séries françaises fondatrices du genre dont nous sommes abreuvés aujourd’hui et qui sont loin, ainsi que nous le verrons plus loin, de les égaler.

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