Médecine et Sciences

Phagothérapie : les ennemis de nos ennemis sont nos amis

En jaune les bactériophages en train d'éliminer une bactérie provoquant une infection.

En jaune les bactériophages en train d’éliminer une bactérie provoquant une infection.

25.000 personnes meurent chaque année d’infections dues aux bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques et les chercheurs se tournent de nouveau vers la phagothérapie. Il s’agit de l’utilisation de virus bactériophages, autrement désignés par phages lytiques ou simplement phages qui s’attaquent aux bactéries qui nous font du mal, c’est-à-dire qui provoquent des infections pouvant conduire à la gangrène par exemple. Cette technique est très simple, peu coûteuse et efficace, (un traitement contre une gangrène dans un membre inférieur dure en moyenne vingt jours et revient à trente euros), mais elle a été abandonnée dans les pays occidentaux, essentiellement au profit des antibiotiques, dont on sait qu’aujourd’hui ils manquent beaucoup d’efficacité. La phagothérapie a été découverte simultanément ou presque par deux chercheurs Frédérick Twort en 1915 et Félix d’Hérelle en 1917. Un Géorgien, George Eliava, qui avait travaillé avec d’Hérelle, a fondé en 1923 à Tiflis un institut de virologie dédié à ces recherches et dans lequel il a mis au point des protocoles de traitement diffusés dans toute l’URSS. Les US et la France les ont adoptés quelque temps puis ont choisi la voie de l’antibiothérapie. Les Soviétiques, quant à eux, ont poursuivi notamment pour traiter les dysenteries et les gangrènes donnant lieu au minimum à des amputations chez les soldats. Aujourd’hui, l’Institut Eliava est un immense centre de recherches qui a derrière lui 80 ans d’expérience clinique et le recours aux bactériophages est récurrent dans les pays de l’Est, en Pologne notamment.

Microscopie électronique du bactériophage 3A de staphylococcus aureus

Microscopie électronique du bactériophage 3A de staphylococcus aureus

Un phage lytique détruit une seule souche bactérienne, voire plusieurs souches d’une espèce donnée, staphylococcus aureus par exemple mais pas la totalité appartenant au genre staphylococcus, d’où la nécessité absolue d’identifier la bactérie responsable de l’infection en opérant un prélèvement sur le malade. Ensuite il faut réaliser une culture des bactéries antagonistes, mais il en existe de disponibles, prêtes à l’emploi. En effet, les phages, très résistants, sont très faciles à conserver par dessication, par lyophilisation ou par congélation, on peut pratiquement les garder pendant des années. Ils craignent simplement l’acidité, la lumière et une température supérieure à 55°. Dans le traitement d’une colite infectieuse il suffit d’administrer un anti acide comme le bicarbonate de soude pour régler le problème. Les bactériophages sont administrées par injection (en intraveineuse dans le péritoine par exemple), irrigation, dispersion en surface, nébulisation (dans les poumons) ou instillations (dans les oreilles ou les yeux). Les antibiotiques balaient un plus grand spectre bactérien, mais ils détruisent aussi des bactéries inoffensives qui auraient dû être préservées, notamment pour la flore intestinale, ce qui n’est pas le cas des bactériophages qui tuent uniquement les mauvaises bactéries. Donc leur utilisation ne risque pas d’entrainer des infections opportunistes. Enfin, aucun effet secondaire n’est recensé, contrairement aux antibiotiques qui provoquent parfois des allergies graves à la pénicilline en particulier.

La phagothérapie n’a pas actuellement sa place dans la législation française ni européenne. Cependant, des essais cliniques ont été tentés à Londres en 2007 dans le secteur ORL pour lutter contre le pseudomonas aeruginosa en cause dans les otites, d’autres sont en cours au Texas concernant les blessures et les risques d’infections nosocomiales par staphylocoque doré. Des essais sont pratiqués en Inde dans le cas de dysenteries par escherichia coli. Plus récemment, en 2012, La DGA (Direction Générale de l’Armement) a financé un projet de traitement des brûlures infectées, et l4institut Pasteur travaille aussi sur le pseudomonas et la mucoviscidose dans MucoPhage.

Par contre, des applications existent dans l’agroalimentaire qui utilisent des phages antilisteria, sur certains fromages ou viandes, et des phages filamenteux sont à l’étude pour des applications nouvelles, comme vecteurs pour transporter des médicaments antitumoraux dans des cancers profonds ou pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. La phagothérapie a de beaux jours devant elle, en particulier dans la lutte contre les maladies nosocomiales, puisqu’il suffirait de traiter le nez des chirurgiens et des opérés, et les instruments des blocs opératoires, mais il n’est pas certain que les laboratoires pharmaceutiques y trouvent leur compte, par contre les patients et la Sécurité sociale sans aucun doute.

C’est grâce à cette technique qu’un Français vient de sauver sa jambe atteinte de gangrène à la suite d’un accident de moto en se rendant en Géorgie pour y être soigné, alors qu’en France on ne pouvait plus rien faire. On ne peut s’empêcher d’avoir une pensée Guillaume Depardieu qui aurait pu lui aussi en bénéficier.

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Discussion

Une réflexion sur “Phagothérapie : les ennemis de nos ennemis sont nos amis

  1. Ok : bravo et merci pour cet aperçu technique très intéressant. Deux points à signaler:
    1. Durant la guerre de Sécession aux USA, les premières expériences de vers phagociteurs sur les plaies gangrèneuses des soldats blessés ont été réalisées avec succès à la suite d’une découverte due au hasard dans les hôpitaux de campagne . 2. Les petits poissons tropicaux papillons sont utilisés couramment pour grignoter la peau superficielle de malades notamment de psoriasis et autres problèmes, notamment en Israël. Expérience faite in vivo par les touristes en Polynésie par les touristes – dont Colette et Régis il y a quelques années – et désormais proposée dans certains instituts de soins ….

    Publié par Maldamé Régis | 11 mai 2013, 10 h 08 min

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