Légendes

Le cochon de saint Antoine

stgdLe cochon était déjà animal de compagnie quelques années après Jésus-Christ à en croire les représentations de saint Antoine en bois, en plâtre ou en marbre, on distingue à ses pieds le museau et les oreilles de cet animal fort sympathique, mais sa présence étonne tout de même un peu pour l’époque. On connait saint Roch et son chien, le fidèle ami de l’homme et du saint. Aujourd’hui plus rien ne nous étonne et les NAC, nouveaux animaux de compagnie se déclinent en python, varan, rat et cochon, à poils, plumes, écailles, et piquants, rien n’arrête plus leurs propriétaires. Que vient donc faire un cochon aux pieds de ce saint si réputé de par le monde, source inépuisable d’inspiration pour les plus grands peintres et les grands auteurs ?

En réalité, rien n’atteste la présence de cet animal dans la vie du saint, absolument rien, et il faut admettre que la légende, la culture chrétienne, occidentale, sont passées par là pour enjoliver la geste érémitique. Saint Antoine est né en Égypte quelques siècles après Jésus-Christ, il est né vers 225, ou 251, ce n’est pas précis, il y est également mort, largement centenaire, vers 350 à Côme (aujourd’hui Qemah dans le Fayyoum), on le nomme Antoine l’Ermite, Antoine le Grand, ou L’Égyptien. Issu d’une famille plutôt riche, et orphelin à l’âge de 18 ans, il se défait de tous ses biens en faveur des pauvres et se retire dans le désert où il passe la majeure partie de sa vie, à aller de désert en désert jusqu’à finir sur le mont Qolzum en Thébaïde, cherchant la solitude absolue pour méditer et échapper aux nombreux disciples qui l’entourent. Mais son repos n’est pas acquis, car il est en butte à des tentations qui viennent le tourmenter sous diverses formes hallucinatoires, toutes émanations diaboliques. Une légende veut que ce soit Proserpine la femme de Satan qui vienne parée de ses plus beaux atours tenter de le séduire. D’autres prétendent que des diables viennent torturer sa chair, le hantant de désirs inavouables jusqu’à la fin de sa vie mais avec de moins en moins de virulence. Saint Antoine résiste vaillamment à tous ces assauts et son courage lui vaut une postérité sans égale.

Une dizaine d’années après sa mort, Saint Athanase écrit la vie de l’ermite qui a fondé le modèle de la vie érémitique ainsi que de nombreux monastères pour abriter ses condisciples toujours plus nombreux. Mais l’auteur de cette hagiographie diffusée dans tout le monde chrétien, a recours aux métaphores pour plaire à se lecteurs, et il représente Saint Antoine harcelé dans ses tentations par des animaux comme l’ours, le taureau ou le lion. L’ouvrage rencontre un énorme succès, sans librairie, et se répand à travers l’Europe où ces types d’animaux qui, ne correspondant pas à la culture locale, sont  vite remplacés par un loup et un sanglier, mais il ne s’agit pour ce dernier encore que d’un cousin éloigné du cochon à l’état sauvage.

Plusieurs siècles plus tard, les reliques du saint sont ramenées de Constantinople par un chevalier chrétien dauphinois jusqu’en Isère, sur le lieu qui devient l’abbaye de Saint-Antoine, car les reliques font des guérisons miraculeuses, notamment dans le cas du fameux « mal des ardents » autrement appelé « feu de Saint-Antoine ». Au début du 12ème siècle deux seigneurs qui guérissent de ce mal grâce aux reliques, fondent un petit hôpital auprès de l’abbaye, l’hôpital grandit devant l’afflux de malades et devient la maison mère de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine, autrement dit des Antonins. Plusieurs centaines d’hôpitaux sont érigés dans toute l’Europe. Or, les Antonins s’occupent de beaucoup de pauvres, et pour les nourrir élèvent des porcs qui sont indispensables et se voient même accorder le droit de vaquer en liberté alors que tous les autres porcs en sont privés depuis que l’un d’eux est à l’origine de la mort de Philippe, fils du roi Louis VI le Gros, dont il a provoqué la chute en 1131. Jusqu’à cette date en effet les porcs divaguaient, munis de clochettes, dans les rues qu’ils nettoyaient de leurs immondices. En signe de reconnaissance les porcs des Antonins ont l’oreille fendue. C’est ainsi que dans l’imagerie populaire très répandue à partir de l’invention de l’imprimerie, Saint- Antoine est représenté avec son fidèle compagnon à la queue en tirebouchon.

Saint-Antoine est devenu patron des charcutiers et des brossiers, on comprend aisément le rapport avec le cochon, pour la production de cochonnailles, et ses soies pour la fabrication des brosses, et pinceaux. saint_27Par contre on voit moins au premier abord pourquoi le saint est aussi le patron des papetiers, or il est représenté aussi muni d’un Tau, et un ustensile de cette forme était utilisée pour se saisir des feuilles de papier humide et les mettre à sécher. Dans les Vosges, on célébrait autrefois tous les ans la fête du saint le 17 janvier avec une représentation de marionnettes et un véritable petit cochon pour raconter la période de tentations dans la vie du saint. Les organismes de défense des animaux ont dû s’interposer car le petit animal se voyait attacher par le diable des pétards à la queue, ce qui l’effrayait passablement mais ravissait les spectateurs.

Retable d'issenheim à Colmar

Retable d’issenheim à Colmar

Hormis ces présidences de corporations illustres, Saint-Antoine est à l’origine de tableaux célèbres intitulés La Tentation de Saint-Antoine, de Jérôme Bosch, Pieter Bruegel, Matthias Grünwald, Salvador Dali ou Max Ernst pour citer les plus connus, qui laissent vagabonder leur imagination autour des machineries du diable, ou encore de l’œuvre de Gustave Flaubert.

800px-Porte_de_l'AbbayeAujourd’hui on peut flâner dans les ruelles de Saint-Antoine l’Abbaye en Isère, un village typiquement médiéval et tous les étés on peut assister à une fête nocturne qui offre un spectacle  dans le style de ceux du Puy-du Fou.

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Discussion

3 réflexions sur “Le cochon de saint Antoine

  1. Pourquoi a-t-il fait un temps de cochon durant tout ce début de printemps?
    Le brave animal de Saint-Antoine ne mérite guère d’être identifié à ces perturbations météorologiques!
    –merci —

    Publié par Maldamé Régis | 5 mai 2013, 15 h 44 min
  2. Le « tau » de St Antoine:c’est aussi la croix dont il manque une branche,du fait des tentations que St Antoine a subi.
    C’est le saint patron de mon village,Lézat sur Lèze et il existe chez nous une source qui guérit du zona ou mal des ardents.Il est très vénéré chez nous.

    Publié par Bouche Maryse | 8 juin 2016, 21 h 31 min

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