Légendes

Le lion est mort, il avait oublié de mettre sa cotte de maille

800px-Gisant_richard_coeur_de_lionLe 6 avril 2013 sera la date anniversaire de la mort du Lion il y a 814 ans, le roi Richard 1er, un géant de plus d’1m 90, dont le surnom rendait hommage à son courage. Philippe Charlier, le célèbre paléo-pathologue, l’Indiana Jones des cimetières, maître de conférences à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, qui a passé Paris au scalpel dans un ouvrage publié aux éditions du Rocher, Philippe Charlier donc, s’est penché sur ce Cœur de lion pour étudier les méthodes d’embaumement utilisées à son décès. L’identification de ce glorieux organe ne posait aucun problème puisqu’il était conservé dans une boîte scellée sur laquelle était gravé le message Ici repose le cœur de Richard, roi d’Angleterre. C’est bien plutôt le protocole d’embaumement qui l’intéressait, car inhabituel. A côté des traces de mercure tout à fait usuelles à l’époque, il a en effet découvert de l’encens, du jamais vu au douzième siècle. La myrrhe et l’encens font partie des présents apportés au Christ à Bethléem par les Rois Mages, et l’encens est resté associé à la religion chrétienne car matière principale dans l’embaumement du Christ, à la source même de ce qu’on appelle l’odeur de sainteté. Les embaumeurs voulaient-ils traiter cette légende vivante de manière exceptionnelle, pour le préserver d’une punition de purgatoire méritée par sa conduite scandaleuse ?

Richard_coeurdelion_gCar tel est bien le paradoxe dans l’histoire de ce personnage si illustre. Il est exceptionnellement courageux, poli par son éducation à la cour d’Aliénor d’Aquitaine sa mère, au milieu des troubadours et des littérateurs, devenu lui-même poète en langue d’oc à ses heures, cependant un fils assez ingrat pour se rebeller et guerroyer à plusieurs reprises contre son propre père, Henri II roi d’Angleterre, et réputé pour sa cruauté, ses crimes et ses viols. Ses nombreux titres marquent sa puissance : roi d’Angleterre, duc de Normandie, comte du Maine, comte d’Anjou, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, souverain d’un pays où il ne mettra plus beaucoup le pied après sa naissance près d’Oxford au château de Beaumont, et maître incontesté de tout l’ouest de la France. Puissant rival du roi Philippe-Auguste, il combattra ce dernier toute sa vie pour défendre ses territoires. Il s’associe pourtant à lui au cours de la troisième Croisade, mais leurs routes divergent. Il conquiert tout sur son passage, Naples où sa sœur est emprisonnée et dépouillée par son mari, Rhodes, Chypre où il pille et massacre et même s’y marie avec Bérangère de Navarre venue l’y rejoindre à Lemesos, et enfin Messine le 4 octobre 1190 après l’avoir pillée et brûlée. Il atteint la Terre Sainte au début de juin 1191, la ville d’Acre tombe en juillet où il massacre 3.000 prisonniers musulmans, et part conquérir le littoral avec son ami Robert de Sablé et ses Templiers.

414px-Richard_Coeur_de_lion_Gisant_RouenA son retour il est capturé près de Vienne, livré à l’empereur Henri VI puis emprisonné et libéré en 1194 contre une énorme rançon payée par Aliénor. Après un bref retour en Angleterre il revient guerroyer en France contre Philippe-Auguste. Au cours du siège de Gaillon en 1196 il est blessé au genou par un trait d’arbalète décoché par le châtelain un ancien mercenaire recruté par lui pour combattre Philippe, ironie du sort. Il construit plusieurs châteaux dont le célèbre Château-Gaillard près des Andelys sur la rive droite de la Seine. Le 26 mars 1199, il assiège le château de Châlus-Chabrol en Haute-Vienne, qui appartient à Adhémar de Limoges, il est atteint par un carreau d’arbalète, alors qu’il n’a pas mis sa cotte de maille et meurt de septicémie ou de gangrène onze jours après. Il est alors enterré selon ses dernières volontés près de ses parents à l’abbaye de Fontevraud, mais son cœur est confié à la cathédrale de Rouen et ses viscères à l’église de Châlus. Plus tard Philippe de Cognac, son fils illégitime présumé, le vengera en tuant Adhémar de Limoges.

Richard 1er n’a pas été un grand roi, plutôt un grand stratège, cependant la légende lui a forgé un destin exceptionnel. Walter Scott, auteur en 1819 de Ivanhoé qui a enchanté l’ enfance de plusieurs générations (avant l’invention de Batman et consorts) et qui met en scène Robin des bois, a contribué à embellir cette vie aventureuse. Les légendes de Robin étaient déjà nombreuses au Moyen-Âge et l’avaient d’abord situé au quatorzième siècle avant de le déplacer à la même époque que le roi Richard 1er, cohabitation fructueuse pour ce dernier.

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