Patois, Troubles obsessionnels de la communication

Expressions du terroir dauphinois

364px-Arms_of_the_Dauphin_of_France.svgJe vais essayer de ne pas trop gueniller  (en langue djeune on dirait galérer) pour retrouver toutes ces expressions qui fleurent bon le terroir du Dauphiné, propagées à quelques variantes près depuis les Alpes jusqu’à Saint-Etienne, accent compris. Moi qui arrivais de mon Nord-Est natal, un peu métissée par un passage dans la région parisienne, je parlais « poenntu » comme on dit dans le midi quand je suis arrivée en Isère. J’étais invitée dans une ferme à dîner alors qu’il était midi et au menu figuraient des aliments aux noms fantaisistes. En entrée nous avions des carottes rouges assaisonnées de porettes, suivies d’un gratin d’herbes et d’un braisé avec quelques racines du jardin. Traduction du menu : betteraves rouges assaisonnées de ciboulette, gratin de légumes verts et bœuf cuit à la casserole et quelques carottes. Bon, me suis-je dit, ce qui compte c’est ce que j’ai dans mon assiette, et rien de ce que j’avais mangé, même une cabassée, ne pouvait ni me faire la brûle, ni me reprocher, m’a t-on assurée. Le dessert a fait son entrée, une grosse brioche décorée de pralines roses, beaucoup plus jolie que son nom : une pogne ! Quelle n’a pas été ma stupeur ce premier jour d’entendre mon hôtesse me demander avec gentillesse de passer la patte sur la table. Mon air hébété m’a valu aussitôt une explication, il fallait passer une sorte de tissu humide pour ramasser les miettes. En y réfléchissant, je me suis dit que je repassais parfois le linge à la patte mouille et que cela présentait une certaine logique.

Dans la pièce voisine, on entendait un mâtru sicler  à nous casser les oreilles et qui n’a pas tardé à être mouillé de chaud à force de se démener dans son berceau. Quelqu’un a pensé qu’une de ses ratiches était peut-être en train de pousser et de lui faire des misères. Je n’en avais pas pour autant terminé avec la gent enfantine, car dehors une nia s’ébattait bruyamment en courant à crapoton et en chaussinettes après un gouri échappé de sa cage (seulement un hamster, qu’on se rassure !), aussitôt calmée par la menace de recevoir (sans qu’il ait été nécessaire de leur préciser quoi) s’ils continuaient à être bougeons, ficelle et sots. Sans compter le risque de se faire niaquer par le petit animal. J’ai fini par prendre du souci et j’ai proposé à mes gentils hôtes de faire des courses le tantôt. A l’épicerie du village, j’ai acheté une part de pâté-croûte de caïon, le marchand m’a confirmé que tout était bon dans le caïon, et une demi-douzaine d’œufs qu’il a voulu me plier et mettre dans une poche, je n’ai pas eu le temps de lui démontrer que c’était risqué que le tout était déjà emballé dans un sac en plastique. Il a dû me prendre pour une belue à voir ma tête.

A mon retour la famille était colère, car une vieille tatan un peu cardon qui bratait en marchant, s’était empiagée dans un fil de fer et avait versé par le talus. Ce n’était pas la première fois qu’elle s’aplatait, elle avait encore retourné tomber, mais cette fois c’était plus grave. Il s’agissait en fait d’une tante acariâtre et boiteuse qui perdait souvent l’équilibre comme toutes les personnes d’un âge. Heureusement une bonne amie qui passait près de là lui avait aidée (entendez une jeune femme l’avait aidée à se relever) et l’avait conduite chez le rhabilleur c’est-à-dire le rebouteux. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les vaches de la ferme avaient quitté l’écurie (le cheval occupant habituellement l’étable, allez savoir pourquoi) et s’étaient abadées dans le chemin à la cime du village. Et le commis avait badé tout l’après-midi à barjaquer avec tout le monde, résultat, les cuchons de foin n’avaient point été rentrés, c’était pis un vrai badru, çui-là et on aurait pis raison de le mettre dehors. Et il y avait encore de l’ouvrage, éclairer le feu et préparer le souper. « Je vas faire un gratin dauphinois exeprès pour vous » m’a dit la fermière, « est-ce que vous y aimez ? J’ai aussi des qu’nelles et en dessert des poires fôndainntes ». J’ai senti que j’allais passer de bonnes vacainces dans ce pays-là et que je n’allais pas y regretter, ni que le temps allait me durer.596px-Dauphiné

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