arts plastiques expositions

Kimura ou l’innocence retrouvée

musee_hebert_kimura_1J’ai failli rater ma rencontre avec les toiles et les pastels de Kimura, pensant que l’expo du musée Hébert durait jusqu’en février, comme beaucoup d’autres à Grenoble. Je m’y suis donc rendue le dernier jour. Le lieu est superbe, le musée Hébert au cœur d’une propriété magnifique sous le soleil de janvier, le parc encore fleuri de quelques roses, les statues encapuchonnées, sans doute pour éviter le gel, ont un petit air mystérieux. Dès l’entrée à l’accueil, au milieu d’une surface immaculée que n’aurait pas reniée le peintre, une première toile dans les tons gris et blancs, une première approche en douceur, de grands aplats pour apprivoiser le visiteur. Ensuite une salle entièrement vouée aux pastels, tourbillons véhéments de rouge et de bleu taillés dans le vif, d’entrelacs de couleurs ponctuées de noir charbon,  tous réalisés au Clos Saint-Pierre, dont j’apprends que c’était le lieu de résidence de l’artiste japonais installé en France depuis 1953, après avoir été subjugué par la peinture de Pierre Bonnard entrevue dans une exposition au musée Ohara au Japon. Au premier étage, une douzaine de grandes toiles à l’huile envahissent l’espace blanc, je pénètre dans la peinture de Kimura. Aucun repère a priori dans ce monde pictural, je m’immerge dans des aplats de bleu et de vert, puis je distingue un grand carré récurrent dans plusieurs toiles, parfois démultiplié, une sorte de forme idéale, qui peut évoquer une maison, un temple, un lieu protégé. Les verts enrichis d’ombre allant jusqu’au noir rappellent la nature, le paysage, et apportent la sérénité, abolition de l’espace et du temps. Peu à peu je vois apparaître en filigrane, comme dans une seconde lecture plus profonde, la silhouette d’un corps tracée maladroitement dans une matière très diluée, presque perdue par segments, ou la trame d’un immeuble ou encore des branches d’arbres en hiver dressées vers le ciel. Présence humaine acceptée au sein d’une nature réconciliant le Yin et le Yang. Au bout d’un moment indéterminé j’émerge et je redescends à l’étage inférieur. J’ai vu en passant tout-à-l’heure que des gens regardaient une vidéo au son faiblement audible. J’assiste donc à une démonstration de peinture par le maître lui-même, mais sans rien comprendre, je ne parle pas japonais. Je repère des gestes, je vois en direct la gestation d’un tableau, comment le peintre s’installe devant un paysage naturel et le dessine avec une grande précision. Ensuite il s’approche de la toile qu’il couvre partiellement de couleur à l’aide d’un couteau de peintre, puis il se projette plus loin du premier aplat en boucles gestuelles comme un calligraphe. Il recouvre la première couche d’une seconde et parfois d’une troisième, créant ainsi une profondeur qui se passe de la perspective. Des accents sont distribués jusqu’à la touche finale. A la sortie je pourrai compléter avec la traduction offerte par le musée sur un dépliant. Il s’agit d’une interview dans laquelle il explique sa démarche. D’abord il cherche à se débarrasser de tout ce qu’il a appris techniquement, du savoir-bien-peindre pour retrouver une perception uniquement liée à l’émotion entièrement libérée. Il s’imprègne d’abord de ce qu’il voit dans un paysage, dans les moindres détails, comme s’il les enregistrait, pour n’en conserver que l’esprit sans la lettre. Il veut passer par le particulier, le fragmentaire pour atteindre la totalité, l’universalité qu’il poursuit inlassablement dans une quête ascétique. Il peint du matin au soir dans  son atelier à ciel ouvert du Clos Saint-Pierre. L’abstraction lui permet cette liberté totale, après avoir absorbé la matérialité du concret, l’avoir dépassée.g_CO10Kimura01

Né au Japon en 1917, après s’être dégagé de la peinture académique japonaise et avoir découvert avec fascination les calligraphies chinoises anciennes, il a été inspiré par des peintres français comme Monet, Bonnard, Matisse et Picasso. Monet était le peintre de la lumière, Picasso a permis à l’abstraction d’aller plus loin en pratiquant le processus du tableau en « développement. » Arrivé en France en 1953, il y est resté jusqu’à la fin de sa vie en 1987.crbst_tshuta_20kimura_2c_20_20midi_2c_201980_2c_20120_20x_20120_2c_20hst

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