concepts et clichés, La langue française comme révélateur de la société, Troubles obsessionnels de la communication

Tics de langage et clichés

La police a mené une opération coup de poing, le chômage a franchi la barre symbolique des 10%, les avions resteront cloués au sol en raison d’une grève, les barons du gaullisme voient d’un mauvais œil l’adoption de telle mesure…Ces tics langagiers illustrent le fait de céder à la facilité dans l’expression, de ne produire aucun effort d’originalité et de refuser de chercher le mot en adéquation parfaite ou presque avec le sens de notre pensée. Ils  figent notre langue qui tourne à vide sans pouvoir se renouveler, mais sont cependant très employés par les journalistes toujours pressés d’écrire leur papier et tendres à la tentation de la mode de ce qui se dit, ou encore par les politiques dont les codes se limitent à plaire à leur électorat. Ils parasitent le discours, mais il faut reconnaître qu’ils sont souvent drôles et imagés. La vache est toujours enragée quand elle est mangée par des pauvres, toute la honte est bue, les pavés, jetés dans la mare, un accoutrement, définitivement étrange et  quand elle n’est pas totale, une catastrophe est indéfiniment frôlée. Un délinquant purge sa peine de prison,  même s’il clame son innocence à cor et à cri, le silence peut être brisé, même en Corse, et nul n’est censé ignorer la loi surtout celle du silence. Dans les banlieues, la violence n’a d’autre choix que de flamber ; d’autre part, un échec est nécessairement essuyé, sauf peut-être pour celui qui, bardé de diplômes, a davantage d’opportunités que d’autres pour briguer un poste. Certaines tournures conduisent  au paradoxe, puisqu’un célibataire, même au grand cœur, sera toujours quoi qu’il fasse, endurci.

La littérature, institution toute vénérable qu’elle est, n’est pas en reste. On pourrait s’attendre à un effort de la part d’écrivains rompus à l’exercice de l’expression. Pourtant, une héroïne de roman n’aura pas des cheveux noirs mais des cheveux d’ébène, au lieu de boire elle étanchera sa soif, au lieu de chanter fredonnera une chanson, et si elle s’adonne aux joies de la pâtisserie, ne fera pas un gâteau, mais le confectionnera. De même qu’elle ne se contentera pas d’aimer son enfant mais fera preuve d’une infinie tendresse, pas moins. A un moment précis du récit, moins joyeuse, elle va immanquablement se rembrunir, et pour se distraire ira se mêler à une foule bigarrée, plutôt que colorée, revêtue d’un méchant manteau de laine entretenu avec un soin jaloux et coiffée d’un béret crânement posé sur sa tête. Tous les écrivains ne cèdent pas à cette facilité bien entendu. Quoi qu’il en soit, ces tics langagiers sont dignes d’intérêt et révélateurs de la société, donc ne boudons pas notre plaisir !

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