La surexposition de soi, Troubles obsessionnels de la communication

Héros ou victimes des reality shows ?

Les protagonistes étaient encore des gens ordinaires mais confrontés à des environnements particulièrement difficiles et artificiels qu’ils n’auraient jamais connus dans la vraie vie, sur une longue période pouvant aller jusqu’à plusieurs mois. L’idée était d’observer leur comportement en groupe et en compétition, de montrer leurs réactions psychiques et physiques sous les projecteurs et de tester leur vulnérabilité. Les victimes étaient consentantes et motivées par l’appât du gain, à savoir une récompense financière importante. Les téléspectateurs participaient en téléphonant pour décider de l’élimination de tel ou tel candidat, ce qui contribuait à enrichir la production grâce au pourcentage pris sur l’envoi de SMS ou de coups de fil. En 1999, l’émission Big Brother, selon le concept de real life soap variante de télé réalité, produite par la société néerlandaise Endemol, allait donner le ton ; son titre avait été choisi en référence à la principale figure du roman de George Orwell 1984. Il s’agissait d’un jeu dans lequel douze participants étaient enfermés sous la surveillance de caméras qui transmettaient tous leurs faits et gestes au public. Loft story en a été la copie française, présentée par Benjamin Castaldi sur M6 en 2001 d’avril à juillet, et Loana la vedette. Le titre, jeu de mots sur loft et love story, laissait présager des relations qui seraient épiées, comme la fameuse séquence dite de « la piscine ». Treize célibataires étaient filmés 24 h sur 24, sauf dans les toilettes et dans une pièce épargnée par la réglementation imposée par le CSA. Le succès a été tel, malgré les critiques qui qualifiaient l’émission de télé poubelle, qu’elle a donné lieu à une seconde édition en 2002.

Depuis 2007, c’est Secret story qui a pris le relais sur TF1, en conservant le même principe et le même animateur. Sur le même modèle, on trouvait aussi Les Colocataires, le Pensionnat de Chavagnes ou le Carré VIIIP avec des variantes comme Bachelor, Qui veut épouser mon fils ou Greg le millionnaire qui confinaient souvent au canular, puisque les participants étaient souvent des acteurs et non pas des gens tout à fait ordinaires. Star Academy, quant à elle, reprenait le schéma de Loft Story, avec un bémol positif, à savoir qu’en dépit de tout ce qu’on pouvait lui reprocher, argent gagné sur le dos des téléspectateurs qui téléphonaient ou envoyaient des SMS, voyeurisme dans le château où étaient hébergés les candidats, contestations diverses autour des éliminations, quelques vrais talents émergeaient après avoir reçu une formation, à côté de multiples frustrations chez tous ceux qui étaient rejetés.

Une autre émission de TF1, inaugurée en 2001, met encore aujourd’hui davantage l’accent sur la confrontation de candidats à des conditions de vie, voire de survie, réellement hostiles, il s’agit de Koh Lanta, dont le modèle est Expédition Robinson créée quatre ans plus tôt en Suède. Leur terrain de jeux se situe dans les endroits les plus inhospitaliers de la planète, îles tropicales à la chaleur écrasante, infestées de moustiques, au large de la Thaïlande, du Mexique, du Costa Rica, ou du Vanuatu. La quinzaine de participants sont des sportifs entraînés qui doivent triompher d’épreuves physiques et de volonté, comme manger des insectes ou rester accroché à un totem, dont l’intérêt paraît douteux, pour produire du sensationnel et assurer le spectacle recherché. Dans les saisons 4 et 8, les candidats ont débarqué en plongeant d’un hélicoptère dans la mer à proximité de leur île, ce qui n’a pas découragé les compétiteurs suivants.  Certains d’entre eux craquent et sont éliminés par un conseil représentatif de chaque équipe, mais avant leur départ ils expriment leurs ressentis en plan rapproché devant la caméra, ce qui satisfait les afficionados de ce type d’émissions.

Dans un ordre d’idées assez voisin, un autre cocktail made in TF1 mélange savamment tropiques et épreuves, mais ces dernières consistent à résister, non pas à la soif, à la faim ou à la douleur, mais à l’attrait de beaux corps huilés et bronzés. L’Ile de la Tentation, dont le public halète et salive depuis une dizaine d’années, permet à quatre couples non mariés et sans enfant de tester leur amour face à vingt-deux célibataires hommes et femmes, la parité étant respectée, pendant douze jours, au bout desquels ils décident de rester ensemble ou de se séparer. Les critères de sélection sont davantage orientés sur le tour de poitrine et de pectoraux que sur les capacités à s’orienter dans la jungle, mais la faculté d’endurance est tout autant mise à l’épreuve. Larmes et crises de nerf vont bon train et les propos vulgaires et lapidaires fusent à tout moment, révélant le fond assez glauque de cette humanité concourante. La production de ce lupanar estival selon l’expression de Libération, a eu quelques démêlés avec le fisc qui lui a enjoint de reconsidérer les contrats de travail qui la lie avec les participants rémunérés à la journée.

Mais, comme le public n’est toujours pas lassé de voir se répandre monsieur et madame Tout-le-monde sur le petit écran, des programmations plus récentes ont encore vu le jour,  en témoignent Trompe-moi si tu peux ou Confessions intimes. M6, qui rivalise avec TF1 dans ce genre d’activités, a dû déprogrammer la première en raison du décès d’un des candidats, qui se serait suicidé pour des raisons sentimentales, après avoir participé deux mois plus tôt à cette nouvelle émission. Chaque couple devait en effet cacher aux autres l’identité de son véritable compagnon, en usant d’artifices pour brouiller les pistes. On imagine fort bien les drames intimes qui peuvent en résulter. En ce qui concerne Confessions intimes sur TF1, quelques titres des sommaires entre janvier et avril sont éloquents : Je ne vis que pour Freddy, Je ne suis pas ton esclave, Marina et ses dix-huit chiens, Un couple au bord de la rupture, Je veux un homme, un vrai, Je me prends pour Pamela Anderson, ou Je ne m’accepte pas comme je suis, et si on a eu la malchance de rater ces épisodes, on peut se rattraper avec des vidéos sur Internet. Je ne résiste pas à reproduire ici une déclaration extraite de Je ne suis pas ton esclave proférée par le macho menacé de se retrouver seul par abandon de sa copine : Si elle me quitte, comment j’vais faire pour mes chemises, je n’sais pas repasser (sic).

Je n’ai pas encore abordé une série de diffusions plus didactiques, comme Super Nanny, ou D&Co ou Nouveau look pour une nouvelle vie dans lesquelles apparaissent encore des anonymes, heureux d’être pris en charge par des spécialistes afin d’apprendre soit à dompter les terreurs qu’ils ont mises au monde, soit à améliorer leur habitat, ou à se mettre en valeur pour paraître plus à leur avantage. On est beaucoup plus éloigné de la vulgarité des précédentes et les candidats sont sans doute moins nombreux à se précipiter chez les psys après leur passage à l’écran.

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Discussion

Une réflexion sur “Héros ou victimes des reality shows ?

  1. très documenté et synthétique : bravo
    bon rrétablissement

    Publié par Maldamé | 4 novembre 2012, 17 h 34 min

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