La langue française et ses origines, Troubles obsessionnels de la communication

Amarsissage : un néologisme mort-né ?

Le lundi 6 août 2012 le robot américain Curiosity s’est posé sur Mars au terme d’un périple de huit mois et a envoyé sur la Terre grâce au relais des satellites les premières images tant attendues par la communauté scientifique. La presse a salué l’événement sans trop savoir quel verbe utiliser pour caractériser l’action de toucher le sol martien. Beaucoup se sont précipités sur le néologisme amarsissage en se calquant sur alunissage, sans tenir compte du refus officiel de l’Académie française de recevoir au sein du dictionnaire ces deux mots considérés comme ridicules. Le principal argument consiste à dire qu’il est impossible de créer un nouveau mot à chaque fois qu’un engin réussira à se poser sur une nouvelle planète, même si actuellement il semble peu probable d’aller explorer des lieux totalement inhospitaliers en raison de leur température élevée ou de leur nature gazeuse, à moins d’être incarcéré dans un sarcophage de plomb à hublot et à roulettes ou de pouvoir transporter de gigantesques bouteilles d’oxygène à côté desquelles un nabuchodonosor ferait figure de dé à coudre. En effet avénussissage, assaturnissage, ajupitérissage nous conduisent à une surenchère plutôt farfelue. D’autre part, le verbe atterrir ne signifie pas seulement se poser sur la planète Terre mais aussi et tout simplement toucher le sol quel qu’il soit, le problème est donc réglé, atterrissage permettra l’économie d’un néologisme. Sauf que, si tout le monde se gargarise d’amarsissage pendant une dizaine d’années, il finira par forcer la porte du dictionnaire, et d’ici là les Immortels auront quitté cette Terre. Les Anglais beaucoup plus pragmatiques que nous ont déjà dissocié earth et land et ne sont pas confrontés au même dilemme linguistique. Partout où ils se posent ils opèrent tout simplement un landing. D’autre part, quand un engin se pose sur la mer on parle en français d’amerrissage, et si un hydravion se pose sur un lac on n’invente pas l’alacissage ; amerrir signifie se poser sur l’eau et vaut pour toutes les circonstances. Toutes ces querelles ont pour effet de médiatiser Curiosity et faire prendre conscience à l’humanité populaire de l’ampleur de sa mission. Ce robot va en effet permettre de réaliser des économies substantielles dans la recherche spatiale, car un vol habité vers Mars ne présenterait aucun intérêt scientifique, serait inutilement coûteux et extrêmement dangereux pour l’homme exposé aux orages solaires et aux radiations (pas moins de vingt Tchernobyl). Le robot va se mouvoir sur le sol martien, procéder à son exploration, guidé par les chercheurs terriens, afin de pouvoir déchiffrer Mars comme un livre ancien resté ouvert à une page susceptible de nous apporter des éléments de réponse à nos questions sur l’émergence de la vie, le passage de la matière inerte à la matière biologique. Aucun petit homme vert n’a de fait effacé les traces de ce qui s’est produit il y a 4 milliards d’années à l’inverse de l’être humain dont les civilisations successives sont passées sur notre planète comme un rouleau compresseur.

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