origine des us et coutumes, Représentations

Seuls sur le sable, les yeux dans l’eau : les amours de vacances

Rappelons en premier lieu que le mot amour suit la règle d’amour, délices et orgues, c’est-à-dire qu’il a la particularité d’être masculin au singulier et féminin au pluriel, ce qui n’est pas banal et qui évitera au lecteur de penser que je me suis fourvoyée en utilisant le pronom elles pour éviter de me répéter au cours de mon article. J’ai entendu, il y a peu, une émission de radio sur le thème des amours de vacances, je ne pensais pas que le sujet méritait que l’on s’y attarde, et pourtant, au fil de l’émission, j’ai compris qu’il était capital. L’animatrice citait des cas très romantiques (d’après elle) de couples qui s’étaient connus sur leur lieu de vacances et qui s’étaient par la suite mariés. Elle interviewait quelques personnes, qui se souvenaient tout émues de leur première rencontre et de l’évolution de ce sentiment amoureux entretenu petit à petit, grâce à une correspondance suivie et à des retrouvailles espacées mais régulières, comme une plante qu’on nourrit, qui grandit et dont on finit par récolter les fruits ou cueillir les fleurs. Bref les métaphores agricoles ne manquaient pas. Personnellement je ne connais pas dans mon entourage une amourette de vacances qui ait évolué de la sorte, mais il en existe certainement. Toutefois, je pense que l’âge des participants joue un rôle primordial. Il est évident que si l’on part en vacances après 20 ans ou plus, on cherche autre chose que de l’éphémère. J’éliminerai donc d’entrée ces amours dont le développement a été durable, elles m’intéressent moyennement. Ce qui me parle davantage, ce sont les amours fluctuantes et de si courte durée qu’elles peuvent se multiplier au cours de la même période estivale, la chaleur influant énormément sur les hormones des jeunes gens, et même des moins jeunes. Il faut aussi distinguer les lieux de villégiature, le modus operandi étant différent à la mer et à la campagne (à plus forte raison à la montagne). Quand on a entre 13 et 16 ans par exemple, qu’on reste des heures sur la plage à faire semblant de feuilleter des revues ou des livres de poche, qui épaississent en fonction de la vitesse du vent qui accumule les grains de sable entre leurs pages, l’esprit est entièrement disponible, vacant, et le regard, protégé et totalement impuni derrière des lunettes de soleil, peut se promener à loisir sur les corps alanguis au soleil, ou courant vers les vagues. Ce regard sélectif s’attarde sur les peaux bronzées, les carrures viriles et les musculatures juvéniles, dédaignant toute matière amollie ou rougissante, car le coup de soleil ne sied qu’aux demoiselles blondes et nordiques. Leurs homologues masculins n’ont pas droit au même seuil de tolérance. Ensuite il suffit de mettre en scène un scénario classique, aller jusqu’à l’eau en bombant le thorax et en prenant des mines frileuses pour tâter la température du bout du pied, ou de regarder avec admiration un match de volley en attendant d’être invitée à participer. En partant du principe physique selon lequel les uns attirent magnétiquement les autres, on n’attend jamais bien longtemps. Ensuite les choses suivent leur cours, échange de cigarettes, de feu pour les allumer en s’approchant au plus près pour éviter d’éteindre la flamme, discussions passionnées (mais pas passionnantes) autour de la vie quotidienne –Tu es en vacances avec tes parents ?Tu es en quelle classe ?Quel âge ?Tu pourrais venir ce soir nous retrouver au camping ? (là, méfiance, danger). En fait tout l’art consiste à faire durer une relation le plus longtemps possible sans trop donner de sa personne, surtout quand on est mineure. Se tenir par la main, s’embrasser dans les vagues, aller ensemble au cinéma sans se souvenir du film, à la rigueur aller sur les rochers en s’éloignant des autres, sans faire trop durer l’expérience, tout ça est parfaitement légal (halal ?) aux yeux des parents et peu risqué et c’est excellent pour vérifier que l’on peut plaire. La clé est là, il faut séduire encore, et encore, se sentir belle, potentiellement désirée. À la campagne, il faut créer l’occasion de s’éloigner des adultes, en participant à des activités sportives, pourquoi pas la natation (on rejoint alors la situation précédente), ou monter à cheval ou encore être l’amie d’une fille qui habite une ferme. Alors on fréquente les garçons du village en se rendant aux champs, en gardant les vaches (eh oui, cela arrivait autrefois, elles ne se gardaient pas toutes seules), alors on s’assied et on procède aux mêmes travaux d’approche. Seul le cadre est différent : l’herbe, le foin, les bosquets remplacent le sable et les rochers. La conversation est tout aussi palpitante. Le cœur est en lévitation, des frissons courent sur la peau au moindre contact, on marche au-dessus du vide. Là, il n’est plus question de carrure, de muscles ou de bronzage (quoique), mais d’allure décidée, de visage avenant ou de chevelure. Les bals de l’été sont aussi source de rencontres, la proximité des corps en harmonie avec la musique, la pression d’une main fureteuse et le souffle qui effleure la nuque font naître des désirs de se revoir. Au temps des vacances succède bientôt celui du retour en ville et de la rentrée et avec lui les adieux arrosés de larmes, les promesses de s’écrire et les échanges d’adresses. Et, si la hauteur de la conversation avait peu d’importance sous le soleil, la teneur des lettres de l’automne est déterminante, non seulement le vocabulaire, mais aussi la calligraphie et l’orthographe. Une première missive maladroite et pleine de fautes, et le compte à rebours est commencé. Sinon un échange de lettres plus ou moins inspirées, voire poétiques, peut dépasser Noël, le temps de rêver tout son saoul dans son lit de célibataire, de se donner des airs d’importance auprès des copines de collège ou de lycée. Mais tout casse, tout passe, tout lasse et un jour on oublie de répondre, on a des vues plus fraîches, un autre minois est passé dans le champ de vision de l’année scolaire. Il reste de beaux souvenirs, rarement de regrets.

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