La langue française comme révélateur de la société, origine des us et coutumes

Le tri sélectif : comme la grammaire, c’est la galère

Tout le monde croit que le tri sélectif a été inventé par les écologistes. Eh bien, pas du tout. Le premier à avoir eu cette idée géniale était le préfet Poubelle qui ne s’est pas contenté en 1884 de créer le concept du conteneur d’ordures qui porte justement son nom. Il avait aussi prévu le tri. Trois boîtes y étaient consacrées, une pour les papiers et les chiffons, une autre pour le verre, la faïence et les coquilles d’huîtres (sans doute en consommait-on beaucoup) et la dernière pour les déchets proprement dits, c’est-à-dire les matières putrescibles, celles qui puent comme l’indique clairement la première syllabe de leur nom. À l’époque le tri n’avait déjà été que partiellement respecté. Aujourd’hui c’est strictement pareil, à en juger par les poubelles de mon immeuble, les habitants (des gens du meilleur monde, avocats, ingénieurs, professeurs) flanquent tout et n’importe quoi n’importe où, même des encombrants. Ce qui a changé c’est le volume et le poids qui atteignent des chiffres astronomiques, on va bientôt friser la tonne par habitant et par an, la moitié en déchets, le quart en produits portés en déchetterie (pour ceux qui ont le courage de s’y rendre), le dixième en verre et autant en matériaux secondaires (quid ? mystère). Autrefois les couches culottes n’existaient pas, ni les lingettes, ni les Kleenex, ni le papier absorbant, les ménagères lavaient et réutilisaient. Quant au papier toilette, je me souviens des feuilles de journaux découpées et accrochées à un clou, dont le seul avantage était qu’on pouvait lire les nouvelles dans le local exigu des cabinets, mais vraiment le seul. Tout ça était très écolo finalement. Aujourd’hui on jette et on emballe presque tout, dans des barquettes ou des cartons volumineux, et tout cela emplit la poubelle. Le problème est qu’il n’y a plus une poubelle mais plusieurs et qu’on se casse la tête pour savoir laquelle est la bonne. Les écologistes, malins, ont décidé de dédier une couleur à une catégorie déterminée. Dans la jaune, on met les papiers, dans la marron (ou grise) les déchets, dans la bleue les plastiques et dans la verte les verres. En gros ça marche, très en gros, car, à longueur de temps se présente un cas particulier, une exception, comme avec la grammaire. Les gobelets ou les barquettes de plastique ne vont pas avec les plastiques mais avec les déchets, les feuilles d’aluminium ne vont pas avec l’aluminium, les conserves de métal vont avec les plastiques, les étiquettes en papier sur les bocaux ou les bouteilles restent avec les verres, les débris de verre ne vont pas avec le verre. Bref il y a de quoi avoir la tête comme un chou-fleur. Je pense que le livre le plus consulté, après la Bible évidemment (il faut le croire en tout cas), est le bréviaire du bon usage du tri, intitulé Répertoire des déchets ménagers. Personnellement j’y ai recours plusieurs fois par semaine sinon par jour. J’ai un pot de crème pour le visage, un tube de dentifrice, une enveloppe à fenêtre à jeter, et je me creuse le ciboulot. Le pot est fabriqué dans une sorte de faïence blanche, son couvercle en vrai métal ou imitation, la fenêtre de l’enveloppe doit-elle être détachée du reste, je cherche dans la table des matières, aucun mot clé ne peut m’aider, prise de tête, arrachage de cheveux, j’appelle le service compétent à la mairie, on me fait attendre, et au final je jette tout dans les déchets. Et, quand j’arrive à peu près à m’y retrouver, je pars en vacances, et là, pertubation totale, tout est à reprendre à la base, les lois du tri sont différentes. Ils vont nous rendre tous fous. Si chaque ville agit à sa guise, que dire alors des pays de la Communauté européenne ? Il faudrait harmoniser tout ça une bonne fois et que tout le monde s’y tienne. En réalité, pour vraiment bien trier il faudrait pas moins de quinze poubelles, pour le verre coloré, pour le verre blanc, les vitres et la vaisselle, pour les emballages en plastique souple (les polyuréthanes), pour les durs (PVC), pour les cartons gris et marron, pour les récipients et objets en aluminium, pour les boîtes de conserve  en fer blanc, pour les emballages en polystyrène, pour les plastiques imprimés, pour le papier alimentaire, pour les journaux, magazines, catalogues, annuaires et prospectus, pour les couches-culottes et lingettes, et pour les vêtements, tissus, fils et fibres…Ouf ! Je ne parle pas des piles et autres produits polluants ou industriels qui ne vont dans aucune poubelle, qu’il faut entreposer dans des sacs avant d’aller de temps à autre les déverser dans une déchetterie. Il y aurait encore à dire sur ces lieux de dépose, on accède à une plate-forme surélevée en voiture, au milieu des camionnettes d’artisans parmi lesquelles les places sont chères, on sort du coffre des sacs bourrés d’objets inutiles dont on espère encore pour se déculpabiliser qu’ils vont trouver preneur, un nouveau propriétaire fauché et ravi de s’emparer d’une vieille télé qui marche encore, on d’un lit d’enfant qui aurait juste besoin d’un coup de peinture, trois fois rien. Mais les chineurs se font rares malgré la crise. Ensuite, il faut repérer tous les panneaux indicateurs, ici les cartons, là les ferrailles etc. C’est là que se renouvelle le casse-tête, les vieux cintres avec ossature bois et crochet en fer…Il faut séparer les crochets ma ptite dame, vous les jetez là et le bois là-bas. –Et ces verres à liqueur avec leur petit plateau, ils sont en bon état ? –Donnez ! et vlan, il balance le service de la vieille tante, dans la benne, les pièces éclatent en morceaux, les voilà débris désormais. Facile fastoche ! Quand j’ai tout réparti, devant, derrière, ici et là-bas, j’ai le tournis et je sens la migraine comme une petite bête qui monte, qui monte. Après, il faut tenter une redescente, périlleuse, sous le regard désapprobateur des professionnels qui attendent leur tour, parce qu’ils travaillent, eux ! Pourtant, tout devrait être simple si on y réfléchit, l’objectif est de séparer ce qui est recyclable de ce qui ne l’est pas. D’accord, dernier essai : les barquettes d’alu sont recyclables, les agrafes aussi, mais les feuilles d’alu ne le sont pas, ni les plastiques souples sauf ceux qui le sont, ni les couvercles de pots de confiture, ni les mouchoirs en papier, ni même les papiers-cadeau pourtant en papier, ni les tickets de bus pourtant en carton, oui mais avec des bandes magnétiques, aïe, c’est reparti, le deuxième point commun avec la grammaire, c’est la galère ! Et puis le tri sélectif est un pléonasme, si on trie c’est qu’on sélectionne. Ce sera donc le TRI ÉCOLOGIQUE DES DÉCHETS, beaucoup plus savant, mais toujours aussi barbant, je suis prête à porter plainte pour harcèlement moral.

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Discussion

Une réflexion sur “Le tri sélectif : comme la grammaire, c’est la galère

  1. A reblogué ceci sur idées pour une meilleure vieet a ajouté:
    triez intelligemment: les pots de yahourt ne vont pas dans les plastiques (pas encore mais ça ne va tarder à Paris) et les enveloppes à fenêtre ne sont pas des papiers….Voir cet article amusant et bon courage

    Publié par michel demko | 10 août 2016, 9 h 04 min

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