La langue française et ses origines

L’argent dans tous ses états : du pèze et du grisbi…

S’il est un mot digne de figurer au Guiness des Records, c’est bien le mot argent, qui a un nombre incroyable de synonymes, et dans tous les niveaux de langue : savant, courant ou familier, voire argotique. J’ai essayé de voir d’où provenaient ces différents vocables et pourquoi ils avaient été adoptés avec autant d’empressement. Certains remontent loin dans le passé, plusieurs datent du milieu du XIXème siècle, l’argent étant alors au centre des préoccupations économiques et politiques, sous le Second Empire. Il faut se rappeler par exemple quelques titres de romans d’Émile Zola : la Fortune des Rougon, l’Argent, la Curée, qui mettent en scène de grands financiers, dont Aristide Saccard est un des prototypes. C’est une époque où se font et défont les fortunes, la naissance du grand commerce et des grandes banques parisiennes. On rencontre déjà alors des mots spécialisés comme les avoirs, les biens, la bourse, le capital, la finance, les fonds, la fortune, la monnaie, le papier-monnaie, la recette, ou le trésor. Sans compter les liquidités, les actifs, les valeurs qui peuvent référer à l’argent. Le mot fonds, par exemple, du latin fundus, désigne au pluriel l’argent disponible, et les fonds peuvent être publics, de roulement ou même secrets. Plusieurs dénominations viennent de monnaies anciennes, c’est le cas de maille, du latin populaire medialia, une monnaie de cuivre de très petite valeur, qui donne l’expression avoir maille à partir, c’est-à-dire se disputer, sans doute à l’origine pour un problème de gros ou de petits sous. Il en est de même pour la thune, usage plutôt familier de nos jours, qui était autrefois le nom de la pièce de cinq francs. Dis-donc elle a de la thune celle-là !  Idem pour le liard, petite monnaie du 17ème siècle, on entend dire d’un fauché qu’il n’a plus un liard. Quant aux picaillons, ils viennent d’une ancienne monnaie piémontaise, ou un fifrelin de l’allemand Pfifferling, chanterelle, chose sans valeur ou en tout cas pas plus que celle d’un champignon.

Quelques synonymes ont été fabriqués à partir de la forme des pièces de monnaie, les ronds suivent ce modèle, le pèze qui aurait pour origine le mot occitan pese désignant les petis pois, les balles de l’italien palla ou petite pelote, ou le jonc dont les feuilles sont cylindriques ; nous avons enfin les briques dont la morphologie rappelle assez bien celle des lingots d’or et qui renvoient aux anciens millions de francs. Pour cent briques t’as plus rien, c’est bien connu.

Des déformations familières de mots comme billets donne des biftons, celle de pépites mène peut-être à pépètes, le féminin de l’adjectif frais, combiné avec les frais, explique sans doute l’existence de la fraîche. Quant au carbure et à la braise, je ne vois comme explication que leur rattachement à une forme d’énergie, le premier alimentant les moteurs d’autrefois et l’autre le chauffage ou la cuisson.

Mais le plus intéressant est sans aucun doute le lien avec la nourriture.  D’abord, le fourrage, l’avoine ou le picotin, pour nourrir les animaux, utilisés familièrement pour représenter l’argent, Aboule l’avoine ! et les plus courus comme le blé qui permet de faire le pain, la nourriture de base pendant des siècles, le pognon, en lien avec la pogne, une sorte de pain, qui est aussi aujourd’hui une spécialité de brioche drômoise, le beurre, à la fois argent et denrée fondamentale pour l’alimentation et la préparation des plats, faire son beurre, mettre du beurre dans les épinards étant devenus des expressions incontournables, puis la galette et sa variante vulgaire galtouse, ou le gâteau dans avoir sa part du gâteau, ou encore les radis en général employé dans des phrases négatives je n’ai plus un radis, sans doute car c’est petit, enfin l’artiche au sujet duquel je me pose des questions, a-t-il un rapport avec le mot artichaut qu’on effeuille et dont Coluche disait que c’est le plat du pauvre, le seul qui en laisse plus dans l’assiette quand on a fini de manger qu’avant de commencer. Un cas particulier, celui de l’oseille car son origine reste inexpliquée, ses feuilles ressemblent sans doute à des billets, mais le mot circule bien avant l’invention du papier-monnaie. Pourquoi donc l’oseille, à part le fait qu’elle aussi se trouve au font du panier de la ménagère de tous les temps ? Un cas très singulier, celui du grisbi, de Touchez pas au grisbi, ou de Grisbi or not grisbi, dans les titres des romans d’Albert Simonin. Son origine est pour le moins incertaine, peut-être le griset, une monnaie du 17ème siècle, ou l’argot anglais crisby, ou le vieux français gripis, le meunier, c’est-à-dire celui qui a le blé, ce qui nous ramène aux nourritures terrestres. Difficile de choisir. J’ai gardé le plus courant pour la fin, (ou la faim ?) le fric, qui viendrait de l’ancien français fricot, désignant un bon petit plat en train de mijoter, et qui a fourni friqué et fricoter (avoir des activités plus ou moins avouables, notamment sexuelles) et qui permettrait d’acheter de quoi se nourrir, c’est logique. En tout cas le culte du dieu argent  est abondamment célébré, que l’argent soit sale, ou blanchi, il est toujours le nerf de la guerre.

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Discussion

Une réflexion sur “L’argent dans tous ses états : du pèze et du grisbi…

  1. thank you, nice article for sharing.http://www.boliche.com.br/email.htm

    Publié par Dioclene | 30 juillet 2012, 11 h 25 min

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