La langue française et ses origines, Troubles obsessionnels de la communication

Périphrases mortelles

La périphrase ou circonlocution, l’une vient du grec et l’autre du latin, nos langues-sources, signifie qui parle autour, mais pas pour ne rien dire. Elle permet de remplacer un mot par une expression plus longue, non pas dans le cas d’une rémunération à la ligne, mais pour donner une explication ou mettre en lumière une caractéristique précise et importante. Pour être comprise elle nécessite une bonne connaissance du contexte. Ainsi l’homme du 18 juin, Le Génie des Carpates, L’auteur des Rougon-Macquart ou La capitale des Gaules pour un ado inculte n’ont aucun sens. Par contre dans le contexte très médiatisé actuel, chacun saisira qui peut être Le casse-tête du président, La première farce, ou Le premier drame de France ou encore La Madone du Poitou. La géographie affectionne tout particulièrement les périphrases, ainsi nous prenons nos vacances au bord de La Grande Bleue, les touristes du monde entier apprécient La Ville Lumière ou La Cité Interdite beaucoup plus à l’Est, et plus au Nord, les amateurs de drogues douces ou de canaux (l’un n’empêche pas l’autre) se rendent dans La Venise du Nord, enfin, les alpinistes se doivent de gravir Le Toit du monde. L’Histoire n’est pas en reste, car elle qualifie de la sorte ses grands hommes ou femmes célèbres : L’Ami du peuple, mort assassiné dans sa baignoire, Le Divin Marquis dont les œuvres ne sont pas à mettre entre toutes les mains, Le Roi Soleil qui a rayonné sur Versailles, Le Grand Timonier au petit livre rouge qui a fait un tabac en son temps ou La Pucelle d’Orléans, née à Domrémy et aussi célèbre à Rouen. Les références aux époques s’illustrent aussi de périphrases, telles Le Siècle de Périclès, Le Siècle d’Or espagnol, et pour la France Le Grand Siècle, le Siècle des Lumières, ou Les Trente Glorieuses. Mais s’il est un domaine qui les affectionne au plus haut point, c’est bien celui de la criminalité, et on ne pourrait les recenser toutes. Récemment, Le Dépeceur de Montréal a défrayé la chronique, ou Le Violeur des bois, aussi nommé Le Prédateur des bois, mais en remontant un tout petit peu dans le temps d’autres ont eu leur heure de gloire, Le Cannibale à l’Arbalète , Le Dévisseur de Têtes ou Le Tueur au Bain d’Acide pour insister sur l’horreur du procédé et à l’inverse sur sa simplicité Le Tueur aux Mains Nues. L’attention porte parfois sur la cible avec Le Tueur de Vieilles Dames, ou L’Assassin des Bonnes, sur le physique singulier des assassins avec Le Petit aux Oreilles décollées, un déguisement pour Le Clown Tueur, ou un comportement signalétique comme Shoe Fetish Slayer, le fétichiste aux chaussures. Mais comme pour Le Dépeceur de Montréal, la provenance géographique est souvent soulignée, ainsi on parle de L’Étrangleur de Boston, du Vampire de Londres, mais ceux qui rivalisent sont Les Bouchers de Prague, de Rostov, de Cleveland, de Kansas City, de Plainfield ou de Lyon, car la spécialité boucherie est très courue. Et, même si Victor Hugo, Le Prince des Poètes, prétendait dans les Contemplations en avoir écrasé les spirales, on voit que le procédé se porte bien, autant courtisé dans les disciplines universitaires que dans les médias et a de beaux jours devant lui.

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