La langue française et ses origines, Patois

Patois ardennais : retour aux sources

Place Ducale à Charleville

Place Ducale à Charleville

Maison ardennaise à Floing
Maison ardennaise à Floing
Monument des Quatre fils Aymon
Monument des Quatre fils Aymon à Monthermé

Coup de blues de la ménopause ? Peur du naufrage de la mémoire ? J’essaie de retrouver les mots de mon enfance, ceux que mon opulente grand-mère directrice d’école ne dédaignait pas d’apprécier en dépit de son brevet élémentaire-ascenseur social. Tous les patois fleurent bon la France, mais celui-ci m’est cher et j’émaille mon discours de plus en plus de ces mots paysans qui font du bien à emboucher. Quand la foule envahit les rues piétonnes le samedi après-midi, je me dis que je n’ai pas envie d’aller me mêler à la ramauille. Quand je donne une recette de cuisine qui demande des heures de préparation et de vaisselle, je préviens « Mais c’est cuvillant« . De même, si une voisine me tient la jambe au-delà du raisonnable, penser qu’elle me taonne, du nom de cet insecte bourdonnant, prononcé tan, m’apporte un dérivatif.  Ma grand-mère bauquait derrière ses rideaux pour voir sa carne de voisine qui lui envoyait souvent des mortinguettes, ou piques, se casser la gonelle ou se rétaler, au choix, dans la gadouille après une bonne drache, c’est-à-dire la pluie. Elle reniauchait dans ses armoires pour me dénicher de vieilles nippes pour me déguiser, et elle mahonnait tant qu’elle pouvait que je la faisais marner, suer ou tourner comme une oye darne à prononcer auille, pour une oie saoule et si je dépassais les bornes elle me promettait une beigne dans ma saprée margoulette, reçu cinq sur cinq. A l’époque j’étais maigre comme un soret, hareng saur référence de l’épaisseur, je l’aidais un peu dans les travaux ménagers, je passais la loque sur la table, ou je tournais la pâte avec une papinette, sinon je descendais la guinde de ma poupée dans la rue, et mes cassots, petites gamelles, pour jouer avec mes copines à la dînette avec quelques cabosses ou prunes, bien mûres. « Ferme bien la cliche en partant et souffle la lumière » me criait-elle. Je jouais aussi à la maîtresse avec ma carte, c’est-à-dire mon cartable, et si je prenais froid dehors, je crâlais, toussais, et n’étais bonne qu’à la faire endêver, variante de suer, un vrai jeune d’agasse ou pie. Elle faisait la galette au suc comme personne et des gaufres en forme de cœurs, après avoir préparé son casma qu’elle mettait à lever bien au chaud sous son édredon dans sa pounasse, et comme j’étais une vraie goulafre, et pas nareuse, bêcheuse, pour deux sous et je n’en aurais pas laissé iauque. Notable de son village, elle payait un homme à tout faire pour bêcher le jardin, tailler ses arbres, répandre le fumier et extirper les lapins quand ils étaient racalogés dans un racoin de leur clapier, c’était son arlan, un manoqueux (mal habillé, dérivé de manouche ?). Et quand elle allait baguenauder  de son train de sénateur, piam-piam , les gens la saluaient avec respect.

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Discussion

4 réflexions sur “Patois ardennais : retour aux sources

  1. Bonjour,
    Bravo pour ce texte bien amusant . J ‘ai retrouvé encore une expression : ramauiller . Je m’ empresse de faire un lien vers cette page .

    Publié par Jean-Marie Garcia | 10 juin 2012, 20 h 01 min
  2. les 4 fils aymon ne sont pas à Monthermé mais à Bogny sur Meuse!

    Publié par jeanne ardennes | 20 décembre 2013, 20 h 07 min
  3. je crois entendre ma grand-mère,c’est super génial merci

    Publié par gambier | 16 octobre 2015, 17 h 58 min

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