Communication politique, La langue française comme révélateur de la société, Troubles obsessionnels de la communication

Communication en rase campagne

Après avoir entendu, sinon écouté, les hommes politiques s’exprimer tout au long de la campagne présidentielle, on peut prendre un peu de recul et tenter d’analyser leur démarche. Pendant la campagne, nous avons pu entendre par exemple J.L Mélenchon proférer : « Mme Le Pen est une démente », ce qui était sans doute pour lui parler à mots couverts. Dans 99,9% des cas, l’homme politique, exercé et maître de son discours, va l’habiller, le mettre en scène, le théâtraliser. Cette cuvée 2012 a mis en exergue le thème favori de la vérité, dont nos oreilles électrices ont été rebattues. Ainsi « Ma candidature est celle de la vérité « , « Dites la vérité aux Français », « Les Français sont intelligents et capables d’entendre la vérité « , « Il faut dire la vérité « , « Je veux dire la vérité aux Français, il faut qu’ils se réveillent ». Il serait si simple de la dire cette vérité, au lieu de prétendre la détenir et surtout la différer. N’importe quel citoyen doué de bon sens traduit aussitôt par « Je vais vous mentir ». Un professeur, qui insiste le jour de la rentrée sur le fait qu’il est très autoritaire, n’abuse pas longtemps son auditoire. Ensuite le politicien sait évacuer le problème, surtout au cours des conférences de presse quand les questions gênantes peuvent fuser. Dans ce cas, il répond, informé, « La question n’est pas à l’ordre du jour », ou rassurant « Nous étudions actuellement la question » avec sa variante au futur, et « La France prendra les décisions nécessaires le moment venu » ou encore, expert et pragmatique, « Je ne veux pas entrer dans les détails », « Ce n’est pas le moment d’entrer dans les détails » avec sa variante : « Les détails techniques seraient ennuyeux ici ».

Compliquer le discours est une troisième possibilité, de sorte à noyer le poisson dans un galimatias logorrhéique. User de mots techniques relatifs à l’économie comme PIB, Eurobonds, déséquilibre de la balance commerciale, BCE, marché obligataire, donne l’air sérieux, ou mieux encore s’emberlificoter dans des phrases dont le sens est impossible à démêler comme cet extrait d’anthologie qui pourrait rivaliser avec du Jarry ou du Ionesco, et dont l’auteur est Pierre Moscovici : « Il ne peut y avoir de débat que si tout le monde veut un débat, il ne peut ne pas y avoir de débat que si tout le monde est d’accord pour qu’il n’y en ait pas. » Cette autre phrase de Xavier Bertrand n’est pas triste non plus :   « Avec les créations d’emploi qui sont en baisse, il est plus difficile de faire reculer l’emploi que le contraire ».

Habiller le discours, l’enjoliver, forcer l’admiration avec une phrase bien tournée, fait partie de la démarche, et les politiciens adorent recourir aux métaphores issues de plusieurs domaines de prédilection comme le sport : « Il faut jouer collectif », « Ne pas rester sur le banc de touche », « Je suis une skieuse de fond, je vais à mon rythme et je trace mon chemin » (Eva Joly), « Morin va sauter du pont en Normandie, mais je ne sais pas si le caoutchouc est fixé » (Santini). Les métaphores maritimes ont aussi une certaine cote, celle du bateau en pleine tempête, celle du capitaine qui tient solidement la barre, capable d’amener à bon port le bateau France, celle du capitaine de pédalo, ou enfin « N.Sarkozy, c’est la mouette en haut de la vague, tandis que les autres sont ensevelis » (D.de Villepin). Bayrou, quant à lui, a utilisé l’image de la neige « Ces mots-là, ils roulent comme une avalanche et ils tombent. » Le monde animal en fournit quelques autres, « Un âne candidat, ça s’est déjà vu, mais un âne président jamais ! » (Borloo à propos de Morin)  ou « F.Hollande est comme une poule avec un couteau face au programme socialiste » (Wauquiez). Quelques expressions imagées ferment la marche, l’opposition entre Babar et Astérix, par Luc Chatel, « Il est en-dessous de la moquette » (Chérèque  sur Wauquiez), « La Corrèze, c’est la Grèce de la France  » (N.Morano), ou « Avec Hollande c’est le concours Lépine de la dépense » (Guéant).  Les politiques ont aussi une attirance pour les figures d’opposition, un chiasme « Hollande est fort avec les faibles et faible avec les forts » (Cohn-Bendit), une antithèse « La nuit il n’y a pas de soleil » (N.Sarkozy) ou « Celui qui cède à Mme Dufflot prétend résister à Mme Merkel » (JP.Raffarin). Autre figure répandue, l’hyperbole « Nos cœurs saignent » (Mélenchon), « Le déconnomètre fonctionne à pleins tubes » (Bayrou citant Audiard). L’objectif est souvent la provocation, par la menace « Je vais lui retirer son caleçon » (Le Pen à propos de Mélenchon), ou par la formule vulgaire la « Norvégienne ménopausée » (Eva Joly) qui parodie Johnny « Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? » Nous finirons en beauté avec cette tournure des plus emphatiques « La force de la jeunesse c’est d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre en chemin dans le grand mouvement de la vie. » (F.Hollande). La messe est dite.

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