Francophonie

Le français québécois vu par une maudite Française

Québec, vue du Vieux Champlain sur le château Frontenac

Nos hôtes en Gaspésie avec des bois d’orignal

Ce qui se passe en ce moment à Montréal chez nos cousins du Québec attire notre attention sur eux et particulièrement sur leur idiome si singulier, nous invitant à nous interroger sur ses origines et son évolution. On pourrait penser qu’il est au français ce que l’américain est à l’anglais, c’est-à-dire un français, géographiquement éloigné de sa source et parasité par son environnement linguistique anglo-saxon, qui, il faut en convenir, exerce tout de même une grande influence. On entend souvent dire aussi que cette langue est restée inchangée depuis l’arrivée des colons français en Amérique du Nord, et qu’elle nous renvoie la manière exacte dont parlaient nos ancêtres des dix-septième et dix-huitième siècles, ce qui n’est pas non plus tout à fait le cas. Le québécois est une langue vivante donc non figée, et comme telle, elle évolue sans cesse, infléchissant le sens des mots et créant des néologismes. Elle nous a même devancés dans le domaine de l’informatique par exemple en inventant courriels et clavardage pour éviter e-mail et chat. Son origine est incontestablement le français des siècles passés, parlé par les émigrants originaires de la Picardie et de Normandie, sans oublier les Parisiens, en particulier les orphelines ou filles du Roy, expédiées au Québec pour épouser des colons aventuriers et peupler le territoire, ce qui justifie notre cousinage. Elle a donc conservé des mots des patois picard et normand et du parisien populaire. Elle a aussi assimilé des mots d’anglo-américain, mais paradoxalement, c’est la réaction contre l’envahisseur linguistique qui a entraîné des mesures conservatoires du français, et protégé le québécois avec la création d’un Office Québécois de la Langue Française (OQLF) au début des années soixante et l’élaboration d’une Charte de la langue française en 1977 qui l’a institué langue officielle.Il existe au Québec des courants de linguistes qui s’opposent sur l’orientation à suivre, entre un rapprochement plus strict du français européen, ou une spécialisation plus prononcée d’un parler local. Quoi qu’il advienne, cette langue est savoureuse et délectable pour toute personne intéressée par la communication. Les ingrédients qui la composent : éléments de patois français mêlés à la langue plus soutenue, emprunts à l’américain, et néologismes imagés, le tout assaisonné d’un accent plaisant à imiter, font sa singularité. Certains mots ou expressions sont marqués par la vie en forêt ou la nature comme se tirer une bûche, pour dire s’asseoir, ou barrer une porte pour la fermer, ou encore il tombe des pattes de lapin pour annoncer qu’il neige dru. D’autres très imagés ne nécessitent pas d’explication étymologique pour être compris, un dépanneur est un magasin de proximité qui vous fournit tout le nécessaire à votre survie domestique, un débosseleur un carrossier, ou une blonde une petite amie. Le québécois a aussi une joyeuse propension à fabriquer des dérivés de verbes avec le suffixe eux, ainsi on rencontre un niaiseux, un taiseux ou un ostineux, à partir de niaiser, taire ou obstiner. Comme en français européen il existe divers registres de langue dont le familier, et le québécois pourra supprimer le ne dans les phrases négatives et dire faut pas y aller, ou simplifier elle en al dans al’a mangé ou al’é sympa. Dans le même ordre d’idées, on peut entendre tu, là où le français vulgaire mettrait ti, par exemple dans ça va tu ? Disons un mot de l’accent fleurant bon le terroir qui ouvre et allonge les voyelles, comme dans baleine, prononcé balène en français et balaane en québécois, ou le son oi prononcé comme dans toi qui devient toè.  Les anglicismes fournissent le chum ou petit copain, cute pour mignon, checker pour vérifier, ce qui donne par exemple j’ai checké ma wheel, pour j’ai vérifié ma roue, le verbe spotter pour surveiller, une job pour le métier ou le coat pour le manteau. Le verbe adresser, quant à lui, est influencé par le sens du verbe anglais to address qui signifie s’occuper de quelque chose et on peut entendre l’expression adresser un problème. Le tutoiement fréquent et presque systématique vient aussi de l’anglais qui n’a qu’une seule deuxième personne, mais le Québécois utilise tout de même le vous dans s’il vous plaît. De même la préposition anglaise on, traduite par sur en français, remplace souvent dans au Québec, ainsi on siège sur un comité. (A remarquer au passage qu’à leur tour les Français  sont en train d’employer sur  en lieu et place de à ou de dans, par exemple j’habite sur Paris). Pour finir, et c’est moins optimiste hélas, le français reculerait dans l’affichage commercial à Montréal depuis deux ans, par contre la capacité des commerçants à s’exprimer et à recevoir les clients en français reste stable.

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Discussion

2 réflexions sur “Le français québécois vu par une maudite Française

  1. C’est curieux la perception des habitudes de langue et d’accent de l’autre côté de l’Atlantique. Un Brésilien m’a dit un jour que lorsqu’il est allé au Portugal il croyait entendre une langue du Moyen-âge (presque) ; certains Anglais ont l’impression que la langue de Shakespeare a été massacrée par les Américains (accent et grammaire) !

    Publié par Maureen Bonte | 28 mai 2012, 16 h 57 min
    • Massacrée peut-être pas, en tout cas les Américains sont allés à la facilité, en simplifiant au maximum et en faisant des raccourcis. Actuellement en cours d’anglais nous travaillons sur du vocabulaire british et son équivalent américain, c’est significatif. Quant à l’accent américain, c’est certain qu’il n’est pas des plus harmonieux.

      Publié par lisenanteuil | 29 mai 2012, 18 h 38 min

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