La langue française comme révélateur de la société, La langue française et ses origines

La tolérance ! La tolérance ! Il y a des maisons pour cela. (G.Clemenceau)

Du latin tolerantia, le mot apparaît officiellement sous sa forme moderne au seizième siècle, avec le sens de ne pas interdire ou exiger, alors qu’on le pourrait, et désigne aussi la liberté elle-même qui résulte de cette abstention. Pour l’illustrer, nous pouvons parler de la tolérance orthographique plus que jamais d’actualité, puisque désormais nous allons devoir accepter fotografie ou farmacie, la suppression des y, et tout ce qui peut marquer notre appartenance à la civilisation grecque qui nous fonde et nous honore. Comme les illettrés ne peuvent pas venir à nous, nous allons venir aux illettrés. Autre exemple très connu, celui des maisons de tolérance ( la prostitution étant seulement tolérée par la loi en 1840) fermées le 13 avril 1946 et  dont certains souhaitent la réouverture. L’expression pourrait donc connaître une seconde vie. Comme dernier exemple, je prendrai la possibilité pour les vélos et scooters de rouler sur les trottoirs de nos villes en particulier à Grenoble. En effet, lorsque vous progressez sur cet espace habituellement réservé au piéton, lui qui n’est pas a priori habilité à emprunter la chaussée, ni les pistes cyclables, vous avez intérêt à vous prémunir d’un rétroviseur, car vous devez sans cesse jeter un bref coup d’œil par dessus votre épaule, à la manière des coureurs du Tour de France, pour vous assurer qu’un bolide ne va pas vous frôler, ou pire vous renverser si vous faisiez un écart. Les commerçants du centre ville n’auront bientôt plus besoin de décorer leur vitrine que personne ne pourra plus « lécher » sous peine de se mettre en danger. J’envie parfois les New-Yorkais dont le maire, Rudolph Giuliani, a instauré la tolérance zéro, sans aller jusqu’à la peine de mort comme en Chine bien entendu. Mais il ne me déplaît pas de penser que tout carreau cassé soit aussitôt remplacé et payé, ou que les murs ne soient plus dégradés de tags. Le deuxième sens du mot tolérance désigne l’attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même. C’est ainsi que les trottoirs, encore eux, sont devenus une vraie patinoire, et pas seulement en hiver en raison du verglas , mais des déjections canines dans lesquelles les passants glissent en exécutant des figures artistiques. Les distributeurs de sacs en plastique ne sont pas regarnis ou sont dévalisés pour d’autres usages, néanmoins il serait souhaitable que les maîtres de ces animaux acquièrent un peu le sens de l’hygiène, à défaut du savoir vivre. Mais sans doute ai-je un seuil de tolérance très bas, ainsi que le pense mon voisin d’immeuble de l’étage supérieur dont la famille au grand complet joue du cor d’orchestre, du basson, de la flûte et du piano. Je ne sais dans quel ordre de nuisance les classer. Quelle preuve d’ingratitude de ma part de ne pas apprécier ces solos quotidiens, successifs et gratuits, qui me sont offerts en matinée comme en soirée. Il m’arrive pour me défouler de pousser le cri du Grand Veneur quand il aperçoit la bête traquée : taïaut ! taïaut ! Ah, mon maître Voltaire, je ne suis plus digne d’ouvrir ton Traité sur la Tolérance !

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