Communication politique, La langue française comme révélateur de la société

Les dessous linguistiques de la campagne électorale

Certains mots ont quelque peu changé de sens au cours de cette campagne présidentielle. Nous connaissions le verbe rassembler, qui signifie assembler de nouveau des personnes séparées, c’est-à-dire réunir. C’est dans ce sens que Martine Aubry l’emploie, lorsqu’elle dit avoir rassemblé le Parti Socialiste, ce qui sous-entend par la même occasion que ce parti était divisé, par qui je vous le demande ? Mais quand François Hollande ou Nicolas Sarkozy annoncent qu’ils vont rassembler les Français, être rassembleurs du peuple, ils entendent rassembler des voix, les récolter, sur leur nom. D’autres mots sont chargés comme des grenades prêtes à leur exploser à la figure, ou dégagent une odeur particulièrement désagréable, immigrés ou immigration par exemple, ou le mot étrangers, en général au pluriel, à tel point qu’on parle de Français d’origine étrangère ou issus de l’immigration, ce qui en euphémise légèrement le sens. Des élus ont réglé le problème en évitant de les prononcer, comme le maire d’un joli petit  village d’Alsace qui a carrément sorti du programme de François Hollande le vote des étrangers aux élections locales dans son porte-à-porte propagandiste. Par contre les militants socialistes brandissent comme une menace aux droits de l’homme l’éviction (très relative au demeurant) des étudiants étrangers. Tout se passe comme si on manipulait le concept d’étrangeté en fonction de ses intérêts propres. Restent encore les rapprochements entre collaboration recherchée avec un parti dissident et Collaboration avec le nazisme, qui mérite une majuscule étant donnée sa notoriété, ou entre le mot travail, et la devise maréchaliste « Travail, famille, patrie », la patrie étant sans doute une chasse gardée d’un parti au détriment d’un autre. Et quand DSK fait allusion à ses ennemis politiques dans un article du Guardian, a-t-il songé un seul instant aux inimitiés internes à son parti et agrégées sur sa personne ? La naïveté de cette assertion n’a d’égale que le grand écart sémantique sur la relation (sexuelle) consentie, il aurait au moins pu utiliser l’adjectif inappropriée, selon l’usage américain en vogue à une certaine époque. La langue française est vraiment d’une souplesse admirable.

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