La langue française comme révélateur de la société

Procrastination

Après la journée mondiale de la Francophonie, celle de la Procrastination, le 25 mars, mérite une majuscule. Le nombre de Journées recensées dans le monde est impressionnant et parfois pour des causes totalement fantaisistes. Commençons par expliquer ce que ce vocable veut dire, car si nous faisions un micro-trottoir sur ce thème, nous aurions des surprises, à n’en pas douter. S’il vous reste un peu de latin de vos lointaines études classiques, cras signifiant demain et pro pour, la procrastination désigne une tendance à remettre au lendemain. Le mot, venu de procrastinatis, fait son apparition au seizième siècle, et ne date donc pas d’hier mais d’avant-hier. Et si vous avez encore dans l’oreille les préceptes de bonne conduite inculqués par la sagesse populaire, vous ne pouvez ignorer cet adage « Ne remets pas au lendemain ce que tu peux faire le jour même ». En clair, procrastiner est à bannir de nos comportements, le terme renvoie à la paresse, au laisser-aller, à la non-maîtrise de son temps, au désordre, à la pagaille, à la chienlit. Les activités, se présentant par ordre chronologique d’arrivée dans l’agenda, (encore du latin : choses à faire), doivent être réglées de même afin d’éviter l’embouteillage et la paralysie. C’était aussi l’avis de grands hommes comme Thomas Jefferson, Abraham Lincoln, Benjamin Franklin, ou Charles Dickens, les deux premiers aux affaires de l’Etat, les deux autres, génies de la technique et de l’écriture. Mais voilà que la procrastination a aussi ses adeptes historiques, Oscar Wilde, Mark Twain, et Winston Churchill à qui l’on prête à peu près la même phrase  traduite de l’anglais « Je ne remets jamais au lendemain ce que je peux faire le surlendemain ». Il est vrai qu’un siècle les sépare, et un changement de temps implique un changement de mœurs. On imagine sans peine dans quel sens se fait l’évolution au vingtième siècle et pire au vingt-et-unième. David d’ Équainville, fondateur des éditions Anabet, a été jusqu’à lancer cette fameuse Journée, pour défendre le concept. Ce serait un moyen de se protéger contre la pression du quotidien, contre une société extrêmement dure, et même contre les assauts du monde contemporain. En somme, il s’agirait de la seule marge de liberté encore disponible pour l’homme, une sorte de pied-de-nez au temps qui passe. Il ne s’agirait pas de s’étirer paresseusement comme une larve, mais de prendre son élan pour mieux rebondir. Les plus ardents défenseurs de la cause, et chaque parent l’aura observé sous son toit, sont tout de même les adolescents, dont certains prennent un élan digne d’admiration, pendant que leur mère les somme pendant des jours et des jours de ranger leur chambre et juste après eux, leurs géniteurs, qui ont toujours un argument pour reporter une tâche rebutante, fondant l’espoir que quelqu’un finira par s’en charger à leur place. Dans un avenir proche on devrait pouvoir isoler le gène de la procrastination.

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Discussion

2 réflexions sur “Procrastination

  1. Hamlet’s Procrastination. A frequent essay subject at Grammar School.
    What was it indeed that make him procrastinate (to avenge his father’s murder)? Morality? Lack of time? Oedipus Complex? Laziness? Melancholy?
    And because of it he caused Ophelia’s suicide, the deaths of Gertrude (his mother), Polonius, Laertes et al…

    Publié par Maureen Bonte | 4 avril 2012, 15 h 37 min

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