Illettrisme, Incidence de la communication moderne sur notre langage, Troubles obsessionnels de la communication

Des messages d’illettrés

Des fautes de frappe aux fautes tout court

« L’homme propose et le clavier dispose », voici un nouvel adage à insérer dans les pages roses du dictionnaire. Tout le monde ferait bien de se servir du correcteur d’orthographe, mais c’est encore trop d’efforts à fournir sans doute pour le clavardeur de base, qui préfère s’abandonner à la confection du contenu de son message, en se souciant peu de la forme. C’est oublier que l’un a besoin de l’autre pour être reçu cinq sur cinq. Il y a deux façons de taper sur le clavier, soit d’un doigt, comme les agents des commissariats sur leurs vieilles Remington à papier décalque jusque dans les années soixante, soit de plusieurs doigts. Même avec la première méthode, il est possible de rater une touche, et avec la seconde c’est quasiment inévitable, car on acquiert de la vitesse. Donc il faut au minimum relire son texte, pour rectifier les mots mal orthographiés, encore faut-il en être capable évidemment, et renoncer à expédier des mails comme amis il me smebalit que tu avias cahngé de chmabre, celle qui donne sur le chmap de blé du viosni et surtout de finir systématiquement par biosu. On ne risque cependant pas de confondre ce type de fautes dues à la célérité, ou à la maladresse de la frappe, ce sont du moins les excuses souvent invoquées, avec les fautes d’accords grammaticaux ou d’orthographe d’usage, qui abondent sur les forums, ou sur les blogs c’est absolument renversant. Sur les sites de bricolage, de cuisine, d’avis de consommateurs, et surtout de santé, il n’est pas rare de lire des phrases comme celles-ci , pour une recette maison : prend un grant saladié, tu met deux cent gramme de sucre et tu mélange avec la canele et le gingenbre, ou des conseils de bricolage : J’ai réparer les fisures de mon évié avec se produit pas tré chère, je vous le conseil. Il suffit d’aller au restaurant pour découvrir des fautes dans les menus et dans la carte quand on a un œil un tant soit peu exercé. L’illettrisme revient en force en France, et pas seulement chez ceux qui arrivent de l’étranger, ou qui ne sont pas allés à l’école, comment est-ce possible de toute façon depuis que Jules Ferry l’a rendue obligatoire ? Ceux qui ont quitté l’école de bonne heure, et qui n’ont pas pratiqué régulièrement la lecture et l’écriture, en ont tout simplement perdu la maîtrise, et les dyslexiques, jamais dépistés ou aidés, ne l’ont jamais acquise. C’est un handicap très grave qui peut expliquer le taux de chômage si élevé dans les populations sans qualification.

Dans un ordre d’idées moins pénalisant, on rencontre aussi des barbarismes dans l’expression des couches de population moins défavorisées. On peut lire par exemple ou entendre à la radio, je suis abassourdi, par assimilation avec l’adjectif sourd, ou les Français lui en sont gré  au lieu de savent gré, Il ne faut pas être omnibulés à la place de obnubilés, la gente féminine, alors que le mot gent est déjà féminin, nous sommes allés à l’aréoport, et on nous rabat les oreilles, sans oublier l’éternel il faut que je voye ou qu’il soye ou le must, qu‘il croive. La tournure pour ne pas que fait aussi partie du palmarès, on peut entendre par exemple Pour ne pas que la partie dégénère… en lieu et place de Pour que la partie ne dégénère pas et celle, très voisine, de l’impératif négatif souvent entendue Posezmoi pas des questions pour Ne me posez pas de questions. Et si nous osons finasser, combien de fois par jour entendons-nous voire même, là où un des deux mots suffirait, puisqu’ils ont le même sens ?

Quelques incorrections ou négligences sont « tendance » et se répandent comme une traînée de poudre, aujourd’hui s’est transformé en aujord’hui par influence du son consonne r, c’est une loi phonétique qui peut servir d’excuse. Au rayon des prononciations, il est inévitable d’entendre sans cesse prononcer mwelleux au lieu de mwalleux, erreur qui finira par entrer dans les règles. Depuis peu, Je travaille sur Paris, J’habite sur Lyon, sont des phrases récurrentes et la préposition à n’a plus droit de cité. Le relatif de lieu , quant à lui, devient un outil universel, on entend parler de la pièce de théâtre où l’auteur est moderne. Des expressions parasites se répandent par période, incontournable, ou je dirais ont fait leur temps, effectivement ou tout à fait sévissent encore, ainsi que quelque part, convivial ou c’est que du bonheur, sans oublier pas de souci ou ça marche, insérés à tout bout de champ, et ciao qui doit être dit deux ou trois fois de suite pour clore une conversation. En ce moment cela m’interpelle et jubilatoire caracolent en tête du palmarès. Toutes ces fautes sont très fréquentes. Négligence ou ignorance ? J’ai été stupéfaite, mais je n’aurais pas dû, en lisant les réponses à un questionnaire de rentrée scolaire, donné à une classe postbac de première année de BTS « pour faire connaissance ». Leur professeur avait demandé entre autres points de culture générale de citer trois peintres, réponse : Monaie, Van Qoge, trois musiciens : Mozare, Obispo, Doc Gyneco, trois scientifiques : Mary Curry, Frankenstein, Woody Allen (je pense qu’il apprécierait), et deux vers d’un poème qui s’étaient réduits à ceci : Ô vent, suspends ton vol…A la fin il fallait nommer quatre livres lus et dire pourquoi on les avait aimés, en quelques mots, réponse : ça fait longtemps que je n’ai plus lu de livres donc je ne m’en souviens plus. C’est l’une des choses que je déteste faire ce qui explique mes difficultées en orthographe. Et il s’agit de jeunes bacheliers ! Il est donc parfaitement banal de lire ce qui suit dans une dissertation de bac de français en fin de première. Le sujet portait sur un corpus de poèmes parmi lesquels Le Dormeur du val. Rimbaud se cache derrière des phrases enchanteresques et des apriyories pour ne pas choquer les lecteurs, exemple : Les pieds nus dans les glaielles, ou deux trous rouges à la poitrine droite. Je précise que les candidats avaient le texte original du poème sous les yeux pendant qu’ils composaient. J’en ai des volumes de la même farine, et tout est authentique.

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Discussion

Une réflexion sur “Des messages d’illettrés

  1. I don’t dare write in French!! But this article was soooo funny! Teachers must always be having a good laugh – at least it gives them a happy start to their day (if it all weren’t so serious)

    Publié par Maureen Bonte | 15 février 2012, 9 h 33 min

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