Incidence de la communication moderne sur notre langage, Troubles obsessionnels de la communication

Des messageries ultramodernes

Que peut-on faire avec un logiciel de courrier ou un web mail ?

La question paraît insensée, tout le monde pense qu’il a appris à écrire au CP et, même si on ne maîtrise pas la dactylographie, on peut toujours taper d’un doigt sur le clavier, le ridicule ne tue plus, d’autant qu’on est souvent seul face à ses touches. Et pourtant…il faudrait apprendre à écrire et à recevoir des mails. On ne rédige pas un message électronique comme une lettre sur papier. Il faut se soumettre à certaines règles justifiées par la pratique.

D’abord le mail doit rester un message court, il faut penser au destinataire qui en reçoit des quantités et qui doit tout lire. Lui faciliter la tâche en précisant le niveau d’urgence du message, la hauteur de la priorité, de haute à faible en passant par moyenne. On doit formuler clairement l’objet, et indiquer ses coordonnées dans une signature bien renseignée, surtout si elle est professionnelle, avec une référence à un site web, à un identifiant Facebook ou à un blog. S’il s’agit d’une signature personnelle, on peut être un peu plus créatif et ajouter une citation, on en trouve plus de 80.000 sur Evene, ou sur Yahoo.fr qui offre toute une collection de citations ou de proverbes, ou encore dessiner son prénom de manière artistique. On peut aussi inclure un petit message favorable à l’environnement en conseillant de limiter l’usage de l’imprimante qui contribue à dépeupler les forêts. L’intérêt de tout ceci étant de dévoiler un peu de sa personnalité, de se faire voir et surtout valoir. Le logiciel de messagerie insère une séparation entre le texte proprement dit et la signature, qui permet ultérieurement son affichage dans une couleur différente ou son effacement. Si la nostalgie nous invite à signer de façon manuscrite notre message, Signature e-mail, service gratuit, permet de la télécharger afin de l’insérer ensuite au bas du texte. Enfin en cas de problème, les disclaimers e-mail peuvent protéger juridiquement un message confidentiel, il faut alors les placer à la fin des messages. Pour raccourcir au maximum son mail, il est utile d’user des acronymes. On peut donc écrire pour commencer : slt  (salut), continuer en expliquant : dsl (désolé),  snif (j’ai de la peine, est-il besoin de préciser ?) ou GF1 (j’ai faim), ou Jtm tjrs bcp (je t’aime toujours beaucoup), et terminer par a + (à plus), a2m1 (à demain), a12C4 (à un de ces quatre). L’anglais est là pour signaler des états d’âme euphoriques lol (laughed out loud, c’est-à-dire pété de rire), rotfl (rolling on the floor laughing, en d’autres termes je me roule par terre tellement je me marre). La liste n’est pas exhaustive bien entendu et nous y reviendrons à propos du langage SMS.

Si les règles du protocole des e-mails, encore appelé la Netiquette, recommandent d’écrire parcimonieusement, elles conseillent également de ne pas participer aux chaînes, et s’il arrive que l’on écrive à plusieurs correspondants à la fois, il faut placer leurs adresses en copie cachée, ainsi chaque destinataire ignorera les adresses des autres. De même, ceux qui sont placés en copie conforme n’auront pas à répondre mais seulement à prendre connaissance du message. Cette pratique, souvent utilisée en entreprise pour prendre à témoin des tiers, pour conserver des traces en cas de contestation, est chronophage, car les collaborateurs passent un temps fou à lire ces mails indirectement adressés et elle est actuellement remise en question par les dirigeants de sociétés.

Les formules de politesse suivent aussi des règles, ainsi on doit bannir les vieilles expressions ampoulées et les ronds de jambe pour leur en préférer de plus courtes et surtout plus simples comme bien à vous ou cordialement . Il faut éviter également une erreur de frappe qui conduirait à écrire un mot entier en majuscules, ce qui reviendrait alors à crier dans les oreilles de son interlocuteur.

Comment faire comprendre l’humour, l’ironie, la tristesse ou la colère quand on ne dispose ni de l’intonation, ni des jeux de physionomie ? Le problème a été résolu par la création des smileys, au début des années 1980 dans la Carnegie Mellon University à la suite d’un regrettable quiproquo. Après avoir formulé quelques suggestions comme l’usage du signe % ou de caractères spéciaux, les chercheurs arrêtèrent leur choix sur l’utilisation de signes typographiques simples comme les doubles ponctuations, les tirets et les parenthèses.  Cela va jusqu’à :-O qui signifie : je crie ! On peut même tirer la langue avec :-p ou :-P, indiquer un doute :-/ . C’est simple comme bonjour, à condition de connaître les codes. Par exemple, si j’écris ceci : Crois-tu encore au *<§ :-)§§§ ? ou encore Aimes-tu le <°)))>< ?, on sort des émotions proprement dites et ce n’est pas sûr qu’on gagne du temps, mais on fait souvent travailler ses cervicales à 90° en lisant son courrier. Revenons à des choses sérieuses, il existe un antonyme du smiley, le frowney, sorte de Gnafron du dessin typographique (:-() qui exprime assez bien son état d’esprit négatif. Comme on le voit, les smileys occidentaux mettent l’accent sur les lignes de la bouche, ce qui n’est pas le cas des Japonais, qui privilégient les yeux dans leurs kaomoji. En voici quelques échantillons, ^_^, n_n, ô_O, et <_>. Nul besoin de pencher la tête pour les déchiffrer ! La créativité cybernétique s’étant largement donné libre cours, ces signes discrets et relativement élégants ont vite été suivis de petits visages lunaires, ou encore d’animaux et de figurines diverses, expressifs dans leur physionomie et agités de mouvements censés donner l’illusion du vivant. En 1990 le mot-valise anglais emoticon, fabriqué à partir des mots émotion et icône, est créé pour remplacer smiley. Nos amis Québécois lui ont préféré le mot binette moins anglophone, mais n’ont pas fait beaucoup d’émules de par le monde. Les émoticônes seraient à classer dans la catégorie des interjections, puisqu’elles sont jetées de manière lapidaire à la fin d’un message ou d’une portion de message, juste au moment où l’émotion est ressentie et se doit d’être signalée. La plupart des webmails ou logiciels de messagerie en proposent gratuitement un choix varié.

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Discussion

2 réflexions sur “Des messageries ultramodernes

  1. une réflexion juste et pertinente, pleine d’à propos et d’humour sur la com de notre temps et depuis la nuit des temps
    à lire et à relire pour vivre en phase avec notre époque

    Publié par ARAUD DANIELE | 23 janvier 2012, 17 h 57 min
    • You’re dead right! Talking about moving with the times and the situation nowadays, what about the « dinky » couple (dual income no kids yet) deux salaires pas encore de gosses; or the « kippers » (kids in parents’ pockets eroding retirement savings) les grands enfants vivant chez les parents et érodant l’épargne pour leur retraite; or « nimby » (not in my back yard) jamais, or « neets » (not in education, employment or training) les jeunes aujourd’hui…

      Publié par maureen bonte | 26 janvier 2012, 11 h 28 min

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