Incidence de la communication moderne sur notre langage, Troubles obsessionnels de la communication

Les addicts de la communication

Consommateurs jusqu’à l’addiction : No Life, Geek et Nerd

Paradoxalement, nous pourrions aussi présenter l’ordinateur, le téléphone portable et le baladeur comme des objets non-communicants. Qui n’a pas essayé d’adresser la parole à un jeune, dans la rue ou dans un transport en commun, sourd à toute tentative de communication, comme refermé sur lui-même et tout investi de la musique que lui diffusent deux écouteurs vissés sur les oreilles ? Quel parent ne s’est pas plaint de voir son adolescent claquemuré dans sa chambre sous le fallacieux prétexte de travailler, pour mieux s’isoler et passer des heures sur Internet, sur MSN et surtout sur Facebook ? Ce n’est même plus la peine de fouiller sa chambre dans l’espoir d’y dénicher le journal intime qui rassurera ses proches sur ses activités et ses fréquentations ou qui à l’inverse affolera un père ou une mère candidats aux nuits blanches, tout est dans son ordinateur, protégé par un code d’accès. Certains jeunes ne lâchent pas deux phrases dans une journée passée à la maison, pas même à la table familiale, mais sont reliés en permanence à leur tribu d’amis, par mail ou par SMS, car leur téléphone n’est jamais bien loin. En cours, on les voit baisser la tête en direction de leurs genoux, sur lesquels repose à n’en pas douter le jouet favori, indétectable dans l’espace souterrain du bureau, toute sonnerie éteinte garante de sa discrétion. Aujourd’hui, les téléphones sont muets, mais leur écran s’allume signalant un appel, auquel ils peuvent répondre aussi clandestinement. Il n’est pas rare non plus de voir une personne émerger d’un groupe d’amis et répondre à un appel téléphonique, sans se soucier de la présence de ses voisins, ce sont les autres qui se sentent alors rejetés de la sphère intime et donc frustrés. Cette rupture dans la communication est inconsciente pour celui qui la provoque mais perçue comme un manque de savoir-vivre par l’entourage.

Les adeptes des nouvelles technologies sont consommateurs à des degrés divers. On rencontre d’abord les technophiles, parfaitement raisonnables, qui apprécient en connaisseurs les moyens de communication modernes et les utilisent à des fins pratiques. Viennent ensuite les geek, de cet anglicisme désignant un passionné dans des domaines comme l’informatique ou la science fiction. Ce nom viendrait du haut-allemand geck, c’est-à-dire fou. Après avoir représenté des personnages de foire vêtus de peaux de bête, enduits de boue et grognant à quatre pattes, chaînon manquant entre le singe et l’homme, il a été attribué aux marginaux, et peu à peu, aux intellos forts en maths, sortes de professeurs Nimbus un peu à l’ouest. On passe ensuite à la vitesse nettement supérieure avec les no life, aussi appelés gal en anglais, get a life, ou va t’acheter une vie. Ceux-là dépassent largement les bornes d’une pratique normale, et leur passion dévorante les amène à s’enfermer perpétuellement donc à rompre tout lien avec la société. Ils s’isolent pendant des jours, voire des semaines, ne sortant de leur chambre que pour se doucher et évacuer les ordures accumulées dans leur espace vital. L’homologue japonais du no life est le hikikomori, tous deux ayant en commun de souffrir d’une forte dépendance aux jeux vidéo ou à l’ordinateur, d’avoir des difficultés scolaires ou universitaires inévitables, confondant la nuit et le jour, battant des records d’absentéisme à l’école ou au travail. Leur addiction leur servirait d’antidépresseur car, selon les psychologues, ils souffriraient d’une grande fragilité émotionnelle, en particulier d’une image de soi dévalorisée. Le monde virtuel les protège de toute pression ou harcèlement et leur sert de refuge. De plus ils sont parfois revalorisés dans leur compétition de jeux vidéos, par un système de gains ou par la reconnaissance de leurs pairs internautes. Pour finir de dresser la liste des addicts, il reste les nerd, également passionnés d’informatique, de science-fiction et de fantastique, mais ce nom est péjoratif et renvoie souvent à quelqu’un de physiquement disgracieux et marginalisé par son addiction. La différence fondamentale entre tous réside dans l’existence d’une vie sociale pour les technophiles, les geek, les nerd, alors que les no life en sont totalement dépourvus et sont surtout friands de jeux vidéo, avec un niveau intellectuel faible. Quoi qu’il en soit pour l’ensemble de ces catégories, les heures passées devant leurs écrans le sont au détriment d’autres activités comme le sport, la lecture, le cinéma, la musique et le théâtre. C’est une des raisons pour lesquelles la culture, historique, littéraire et artistique est en chute libre.

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Discussion

Une réflexion sur “Les addicts de la communication

  1. Comme dans les paragraphes précédents , le thème est traité avec clarté et simplicité le mettant à la portée de tout le monde . Il souligne aussi certains maux dont souffre notre société : les adultes qui assument de moins en moins leur responsabilité et s’en remettent aux spécialistes bien-pensants c’est-à-dire les psychologues et les pédopsychiatres car il ne faut pas traumatiser nos jeunes , la politique de l’autruche c’est pourquoi au lieu de reconnaître que la fatigue et les difficultés scolaires dont souffrent nos jeunes sont dues aussi à leur addiction aux nouveaux moyens de communication , on préfère désigner des boucs émissaires : le rythme scolaire et les heures de cours .

    Publié par de SOUZA Emmanuel | 24 janvier 2012, 17 h 04 min

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