Incidence de la communication moderne sur notre langage, Troubles obsessionnels de la communication

Parlons-nous toujours franglais ?

Bouter l’anglais hors de notre langue ?

  Parlez-vous franglais ? était le titre de cet essai de René Etiemble qui a révélé en 1964 aux Français l’état de dépendance dans lequel ils se trouvaient par rapport à la langue anglaise et qui n’a cessé de s’aggraver depuis. Mais le mot-valise avait déjà paru dix ans plus tôt dans un article de France-Soir, sans attirer pour autant l’attention du grand public. Le franglais est une langue hybride, constituée de mots des deux langues d’origine, une sorte de métissage linguistique, considéré comme préjudiciable à notre idiome national. Il est surtout la preuve flagrante de notre perte de souveraineté. Car, il fut un temps héroïque où le français était à la fois une langue de prestige et une langue de communication internationale entre les savants lettrés, à la suite du latin, surtout si nous remontons au siècle des Lumières où elle était parlée jusqu’en Russie, et dont la tsarine Catherine usait quotidiennement dans ses lectures et son abondante correspondance avec nos philosophes. Une langue n’étant pas par nature fermée aux influences, ce phénomène se produit dans tous les pays, et le français actuel s’est enrichi au cours de son histoire du celte, du grec et du latin dont elle est issue, du germain et de l’arabe, selon les invasions diverses. Mais dès le dix-neuvième siècle, l’influence de l’Angleterre est telle que les bourgeois et les aristocrates français cèdent à une anglomania galopante. L’hégémonie des États-Unis sur le monde au siècle suivant a pris le relais, et on a assisté à un parasitage en règle du français dans plusieurs domaines, comme celui des affaires, des technologies, de l’informatique, de la mode et de la publicité. Non seulement nous employons des anglicismes, mais nous construisons parfois nos phrases à l’anglaise, en plaçant les adverbes et les verbes à la manière anglo-saxonne et en opérant certains raccourcis. Le pronom indéfini « on » n’existant pas en anglais, nous avons tendance dans notre mimétisme à privilégier la forme passive.

Dans la mode, nous parlons du style baggy, ou girly, nous achetons des leggins, nous portons des boots, et des dreadlocks, nous nous mettons des cold-creams sur le visage, du blush, et des eye-shadows, du self tan ou des bronzing powders avant l’été, nos shampoings se nomment Head and shoulders ou Natural shampoo. En ce qui concerne nos véhicules, nous roulons dans des breaks ou SW (station wagon), des buggies, des quads, des roadsters, des SUV (Sport Utility Vehicle), des FWD (Four Wheel Drive). En cuisine, nous utilisons des mixers, des blenders, des freezers, nous dégustons des long drinks on the rocks, des smoothies, des grillades au barbecue, pour être in et quand nous faisons du shopping, nous sommes off. Nos jeunes dévorent des Big Mac, des Giants, des Nuggets, des burgers, des chips, et boivent du coke ou des cocktails. Pour être au top, ils écoutent les best-of du hit parade, regardent les making of de leurs movies préférées, et trouvent des deals tip-top pour organiser leur planning en gardant un bon timing afin de suivre les reality shows en prime time, pour ne pas rater le coming out de certains people ou les concerts en live des playmates. Ils lisent rarement les best sellers, apprécient peu les one man ou woman show. Ils assistent à des meetings et raffolent des sit-in.

Même nos jeux portent des noms anglo-saxons, ce sont les master mind, memory, ou le blackjack, le royal sevens slots, le tricky juggler, le poker, le bridge, le gin rummy, et le freecell. Le vocabulaire du cinéma est aussi marqué par cette influence, les stars ont été choisies dans un casting, le caméraman opère un travelling puis un zoom, le monteur réalise des cuts dans les rushes pour mettre en valeur un flashback ou un flashforward, et le réalisateur est assisté de plusieurs scripts pour visionner le story board et choisir la musique en playback. Et toujours au chapitre des divertissements, nombreux sont les sports d’origine anglaise, le golf avec son practice, ses clubs, ses tees, ses swings, ses puts, le tennis avec les mots : drive, let ou net, tie-break , out, et set et tous ceux dont les noms sont anglais, football, volley-ball, basket-ball et le rugby. Les plus récents sont le snowboard, où l’on adopte des positions comme le regular, le goofy, où l’on switche en position backside, ensuite le surf sur vagues, avec les formes de ses planches comme le fish, le gun, les shortboard ou longboard et pour finir, le skate, où l’on réalise des tricks ou figures comme l’ollie, le boneless, le no-comply, le heelflip et le kickflip et j’en passe. Peu de sports sont d’origine bien française, l’escrime, la pétanque et la pelote basque peut-être ?

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