La surexposition de soi, Troubles obsessionnels de la communication

Les vitrines du moi : la télévision

Les étranges lucarnes : des anonymes à la télé

Une émission de télévision quotidienne permet aux téléspectateurs de s’exprimer et de réagir aux déclarations des experts invités, par le biais d’envois de SMS qui s’affichent au bas de l’écran. Il s’agit de C dans l’Air animée principalement par Yves Calvi et diffusée à 17h50 sur France 5 et rediffusée après 22h. Les questions des téléspectateurs en lien avec l’actualité sont triées sur le volet, déposées à partir de 16h sur le site de l’émission, et celles qui franchissent la barre de la sélection voient souvent leur pertinence récompensée par l’approbation des experts qui n’hésitent pas à dire : – C’est une bonne question. D’autres émissions, organisées en fonction de circonstances particulières, amènent quelques échantillons de la population française devant des hommes politiques, voire devant le président de la République lui-même. Ce sont des anonymes, représentatifs d’une classe sociale et préparés avant la rencontre. Certains ne restent pas totalement incognito, car leur intervention a pu dépasser les limites prévues, mais leur débordement paraît toujours artificiel, tant est grande la suspicion portée par les Français sur la classe politique dirigeante. On peut considérer ces émissions télévisées interactives comme un prolongement de leurs homologues radiophoniques, malheureusement il en existe d’autres beaucoup plus discutables.

Une orientation propre à la seconde moitié du vingtième siècle marque nettement les apparitions du populaire sur les écrans. Au tout début, il s’agit d’émissions favorisant l’émergence de talents dans le domaine de la chanson ou de l’humour. Par exemple Le Petit Conservatoire de Mireille, créé en 1954, qui a permis à de nombreux débutants de s’exprimer devant un public physiquement présent ou devant son écran à domicile. Ce concept a été repris par Pascal Sevran dans La Chance aux chansons de 1984 à 1991, puis dans Chanter la vie quand la précédente émission a été supprimée. Ce type de programme, comme nous le verrons plus loin, a beaucoup évolué de nos jours, même s’il permet encore à quelques talents de parvenir à la notoriété. Ces émissions-là étaient plutôt dignes d’intérêt.

Un nouveau modèle est apparu aux États-Unis dans les années soixante-dix, qui va faire florès en Europe un peu plus tard. En 1973, une émission américaine, An american Family, montre la vie d’une famille californienne dont le couple parental divorce, aussitôt suivie d’une copie anglaise mettant en scène une famille ouvrière, The Family. L’audience est bonne et devient encore meilleure, en 1989, lorsqu’une autre émission américaine intitulée Cops montre une équipe de télévision qui suit des policiers sur le terrain. L’idée est d’exposer la vie ou la profession de gens comme les autres qui confient leurs préoccupations et leurs difficultés et auxquels les téléspectateurs pourront facilement s’identifier. C’est Jacques Pradel qui va introduire le reality show en France, avec sa création de Perdu de vue en octobre 1990. Un appel à témoins est lancé pour retrouver des personnes disparues ou brouillées avec leur famille, l’idée étant de les réunir et de les réconcilier. Beaucoup d’émotion apparaît à l’écran, des gros plans zooment sur les larmes versées et sur les embrassades familiales. Le pathos fait son entrée médiatique. Témoin n°1, en 1996, va poursuivre dans cette voie, l’idée étant d’aider les services d’enquête à retrouver des témoins en faisant appel aux téléspectateurs, pour reconstituer des faits dans des dossiers plus ou moins en situation d’impasse. Le dernier exemple dans la même perspective auquel nous ferons allusion est celui de la Nuit des héros, datant de 1991 sur France 2, reality show animé d’abord par Laurent Cabrol, puis par Michel Creton. Le principe était de reconstituer des sauvetages héroïques effectués par des gens ordinaires, avant de faire venir sur le plateau les véritables protagonistes et de recueillir leurs impressions ravivées par le film. Jusque-là, les situations filmées sont réelles, même s’il s’agit parfois de reconstitutions. Désormais, le courant va s’infléchir vers des situations fabriquées de toutes pièces.

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Discussion

3 réflexions sur “Les vitrines du moi : la télévision

  1. Cet article m’a beaucoup intéressé, je le trouve extrêmement bien documenté.

    Publié par Cayer-Barrioz | 17 janvier 2012, 22 h 08 min
  2. Que de précision, un gros travail de recherche !
    « La vitrine du moi  » fonctionne en permanence avec les téléphones portables. Jeunes (et moins jeunes) se photographient en permanence et se regardent immédiatement sur l’écran. Ont-ils besoin du relais de leur photo à l’écran pour se voir vraiment ? Sont ils en permanence en représentation ?

    Publié par estelle Parmentier | 20 janvier 2012, 22 h 00 min

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